Magazine

Afrique du Sud: Bonne-Espérance, le cap de tous les vertiges

Par Charlotte de Saintignon / Publié le 19.09.2014
Y aller pour revivre les épopées de Bartolomeu Dias. Y naviguer pour pénétrer dans un labyrinthe de canaux et d’îlots d’une beauté troublante. Doubler le mythique cap de Bonne-Espérance pour entrer dans la légende : voyager au bout de la terre, aux confins du Grand Sud africain.

Le cap de Bonne-Espérance (Photo: C. Stuhldreier via Flickr)
Le cap de Bonne-Espérance (Photo: C. Stuhldreier via Flickr)

Et si, au lieu d’être le bout de l’Afrique, Le Cap n’en était que le commencement ? On se figure une carte de géographie. On voit la pointe, le cap de Bonne- Espérance, splendide et mythique promontoire battu par les vents et les flots. Il plonge dans la mer, s’ouvre sur l’immensité.
Atteindre le cap se mérite. De Cape Town, il faut longer la côte. Longtemps. À certains moments, on se demande même s’il existe. Et puis la route amorce une montée, on entre dans un parc naturel de 7 750 hectares.

Des singes et des autruches au milieu du fynbos

Des singes sautent sur la voiture. Plus loin, des autruches. On avance encore et là, on tombe sur un paysage étrange, presque lunaire. L’horizon est loin, l’herbe jaune peine à couvrir le sable blanc et noir. Oui, ici, le sable est blanc et noir. Pour rejoindre l’extrémité de la pointe, on traverse une végétation dense mais rase. Des protéas forment un tapis de fleurs multicolores. Rouges, roses, blanches… Quelques ifs importés d’Europe donnent une note bretonne. Ce qui n’empêche pas les babouins – singes cynocéphales –, les antilopes comme les zèbres de coloniser le fynbos, surprenant royaume floral. Les singes et les autruches nous escortent jusqu’à la côte.

De surprise en éblouissement

On sent la mer. Nous y sommes. Premier étonnement : le cap n’est pas au bout des terres. Imaginez une baie abritée, dominée par une chaîne de montagnes recouverte d’une nappe de nuages. Blottie au pied de l’imposante montagne de la Table. Carrée comme une enclume, elle est peuplée de marmottes. Telle une énorme bête tapie, plus débonnaire que menaçante, cette colline allongée veille sur Le Cap.

Grisé par la pureté de l’air en provenance du pôle Sud, on atteint le nouveau phare inauguré en 1919, situé à 87 m au-dessus du niveau de la haute mer. Par temps calme, on observe le courant froid de Benguela venu de l’Antarctique affronter la brume de celui, plus chaud, des Aiguilles. Mais c’est par mauvais temps que le cap prend sa dimension mythique. Lorsque le cape doctor, ce vent froid du sud-est, pousse la grosse houle sur les éperons de granit. On songe alors aux navires échoués contre ces rochers, à l’émotion des coureurs d’océans lorsqu’ils franchissent ce cap et entrent dans un univers d’une sauvagerie d’aube du monde.

Voguant en bateau, on découvre, plus calmement pour notre part, des îlots et des criques colonisés par des phoques. Des pingouins qui braillent sur les rochers. Des otaries moustachues. À Simon’s Town, on observe même des colonies de manchots.

“Le cap des tempêtes”

À la croisée des routes maritimes, Le Cap est une vigie océanique. Peut-être même un navire à quai. Les Portugais débarquèrent les premiers dans la région. Cherchant une voie navale vers les Indes, le navigateur Bartolomeu Dias contourne Le Cap en 1488 pour pénétrer dans l’océan Indien. Pris dans une violente tempête, il dérive vers le sud. La caravelle, lourde de 130 tonnes, longue de 23,5 m et large de 6,62 m, devient ingouvernable. La tempête dure treize jours. Affaibli, l’équipage affale les voiles. Lorsque les vents mollissent enfin pour permettre de faire cap à l’est, le capitaine portugais débarque près de Mossel Bay, à quelque 370 km à l’est de l’éperon granitique. Il appelle l’endroit “le cap des tempêtes”. Le roi Jean II du Portugal lui préfère le nom plus optimiste de “Cap de Bonne-Espérance”. Cap qui ouvrait la route maritime des Indes et de ses richesses.

Cap symbolique

Symboliquement, dans l’imaginaire des livres de géographie, la pointe sud du continent africain se situe au cap de Bonne-Espérance. Et pourtant, c’est à 150 km de là, plus à l’est, que les eaux se séparent. La péninsule du cap Aghulas s’abandonne à la rencontre tumultueuse entre deux océans. Face au large, on tend la main gauche vers l’océan Indien. La main droite vers l’océan Atlantique. On imagine les deux familles de vagues et de bleus venant s’affronter au pied de la falaise, cogner les unes contre les autres pour mélanger leur sel. Ensuite, il faut se retourner et fermer les yeux. Dans son dos, on sent le vent qui souffle, l’océan qui frémit. C’est au parapet que l’on est adossé et pourtant, on perçoit dans son dos la pointe africaine, comme un dossier. En tendant les bras on peut sentir au bout de ses doigts toute l’Afrique. Cette fois c’est sûr, on est au bout du monde.

Rejoignez "Allovoyages.fr - Le Magazine" sur Facebook, et recevez nos meilleurs articles sur votre fil d'actualité.