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Expo à Paris: Chagall, « entre guerre et paix »

Par Charlotte de Saintignon / Publié le 07.06.2013
L’exposition montre comment les événements de l’Histoire trouvent leur reflet dans l’œuvre de Marc Chagall. Ayant traversé quasiment tout le XXe siècle, le peintre a connu des épisodes dramatiques qui ont profondément marqué ses toiles.

Au-dessus de Vitebsk, Marc Chagall, 1915-1920 (Musée du Luxembourg, Paris)
Au-dessus de Vitebsk, Marc Chagall, 1915-1920 (Musée du Luxembourg, Paris)
Depuis février dernier, le musée du Luxembourg consacre une magnifique exposition à l’un des artistes les plus marquants du XXe siècle : Marc Chagall. Qui ne connaît pas les personnages hybrides mi-animaux, mi-humains, illustrations du bestiaire chagallien ? Une centaine d’œuvres provenant de musées de France et de l’étranger, autour des thèmes de la guerre et de la paix, sont exposées. Chagall meurt en 1985, quasiment centenaire, après avoir traversé presque tout le xxe siècle et ses folies. Cet artiste hors norme, juif russe, aura connu une révolution, deux guerres, deux exils. Si certains considèrent ses oeuvres naïves, explosant de couleurs éclatantes, les thèmes abordés par l'artiste portent pourtant le sceau de l’Histoire.

Antidote à la guerre

L’œuvre de Chagall rend compte de la réalité brute et quotidienne de la guerre autant que de sa vie familiale, de la religion juive et chrétienne, et propose sa vision de la félicité et du malheur. Le parcours de l’exposition débute avec les œuvres réalisées avant la déclaration de la Première Guerre mondiale, et s'attache à illustrer les moments phare de sa vie. De son départ de Russie vers la France, à son installation aux Etats-Unis, Marc Chagall retrace ces périodes dans sa peinture, plus sombre à certaines époques. L’exposition rend compte de cette résistance artistique et personnelle que Chagall opposa aux épreuves douloureuses. Les images du bonheur qu’il véhicule semblent servir d’exorcisme à celles de la guerre.

L’artiste visite et revisite certains thèmes, les enrichissant à chaque fois d’une dimension personnelle : sa ville natale de Vitebsk, les traditions juives de son enfance, certains thèmes chrétiens, le sort des Juifs, les désastres de la guerre et les images du couple ou de la famille. Après un séjour de trois ans à Paris, Chagall rentre à Vitebsk (Biélorussie) retrouver sa fiancée Bella. Bien que loin du front, il rend compte d’une réalité brute : les mouvements de troupes, les soldats blessés, les populations juives chassées de leurs villages. Pendant l’entre-deux-guerres à Paris, Chagall doit se forger une nouvelle identité artistique. Il se consacre à l’illustration de la Bible et élabore une peinture onirique, « surréelle ». Présenté comme un "artiste dégénéré" par les nazis qui saisissent ses oeuvres dans les collections publiques allemandes en 1937, Chagall se résout à quitter la France en 1941 avec sa famille. Lors de son exil aux Etats-Unis, ses œuvres témoignent des actes de barbarie qui dévastent l’Europe et reflètent également son attachement à ses racines.

Son installation à Vence, dans le Midi de la France après la guerre lui permet de sublimer le passé et de parvenir à une plus grande sérénité. Au fil des années, sa palette devient plus colorée et les paysages méditerranéens prennent possession de ses toiles. Cette sérénité retrouvée apparaît dans La Danse.

Artiste figuratif

Sa curiosité, la liberté qu’il s’est toujours donnée, lui a permis de construire un univers pictural profondément singulier, qui reflète autant le monde contemporain que ses propres émotions. Dans un constant va-et-vient, il construit, tel un antidote à ces œuvres témoignages plus réalistes, un monde de rêve qui l’autorise à une représentation non conventionnelle, presque surréaliste, ordonnée par les états d’âme du maître. Si le XXe siècle a refoulé l’allégorie et le narratif dans les oeuvres d’art, Chagall, en tant qu’artiste figuratif, a su s’affranchir des règles et des codes de la pensée moderniste tout en s’en nourrissant. S’il n’obéit à aucune règle stylistique imposée par l’époque ou par la mode, il a emprunté aux mouvements d'avant-garde (cubisme, suprématisme, surréalisme) quelques-unes de leurs formes, en demeurant indépendant.

Infos pratiques :

Jusqu’au 22 juillet tous les jours de 10h à 19h30 et le dimanche de 9h à 20h, Nocturne le lundi* et le vendredi jusqu’à 22h
Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
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