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Le canal de la Sauldre, ou l’art de ne mener nulle part

Rédaction Allovoyages · septembre 26, 2026 · 13 min de lecture
Le canal de la Sauldre, ou l’art de ne mener nulle part
©Tourisme Sauldre et Sologne

Le canal de la Sauldre court sur 47 km, de Blancafort (Cher) à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher), sans jamais rejoindre une autre voie d’eau. Creusé de 1848 à 1869 pour transporter de la marne, rayé des voies navigables en 1926, il offre aujourd’hui l’une des plus belles balades en Sologne du Cher : on le suit à pied, à vélo ou à cheval, de Blancafort à Brinon-sur-Sauldre, par la Sente Bleue. Ajoutez la Tourbière des Landes à Ménétréol-sur-Sauldre et les circuits balisés de l’Office de Tourisme Sauldre et Sologne : depuis Aubigny-sur-Nère, de quoi remplir un long week-end de marche lente.

Un canal sans queue ni tête, et c’est tant mieux

Commençons par l’absurdité, puisqu’elle fait tout le charme de l’endroit. Le canal de la Sauldre présente, selon le Département du Cher et l’office de tourisme, « la particularité unique en France de n’être relié à aucune voie navigable ». Il part de Blancafort, arrive à Lamotte-Beuvron, et ne croise rien entre les deux. D’où son surnom : le canal « sans queue ni tête ». Il est affectueux. Il est surtout exact.

Pourquoi creuser une voie d’eau qui ne se raccorde à rien ? Parce qu’elle devait relier non pas deux villes, mais deux sols. D’un côté, le Pays-Fort et sa marne, ce mélange d’argile et de calcaire. De l’autre, la Sologne, ses sables pauvres et ses terres acides. Le canal devait porter l’une vers l’autre pour amender les terres solognotes. Blancafort doit d’ailleurs son nom à cette marne blanche qu’on extrayait sur place.

On attribue souvent l’ouvrage à Napoléon III, et c’est à moitié vrai. Les premiers kilomètres ont été creusés en 1848 et 1849 par plus de 1 700 chômeurs parisiens des Ateliers nationaux, sous la IIe République. L’Empire reprend ensuite le chantier et l’achève en 1869, sous ce Napoléon III que la région surnomme « le sauveur de la Sologne » pour avoir fait drainer ses terres et planter ses résineux.

Puis le monde va plus vite que l’eau. Le train arrive, les engrais aussi. Le canal transporte brièvement ses marnes, se vide de ses bateaux, et il est rayé des voies navigables en 1926. Cinquante-sept ans de service, à peine. Aucune péniche ne l’emprunte plus, et la baignade y est interdite.

C’est précisément ce qui en fait, aujourd’hui, le plus bel itinéraire lent du nord du Cher. Un ouvrage bâti pour le transport est devenu un couloir de silence où l’on avance au pas.

Ce que l’on voit le long de l’eau

Le canal compte 22 écluses selon l’office de tourisme. Elles ne s’ouvrent plus, mais elles rythment la promenade : chaque sas, chaque maison éclusière signale qu’un kilomètre ou deux viennent de passer. L’office signale aussi, le long des berges, une chapelle, des fours à pain et tout ce petit bâti que les canaux oubliés conservent mieux que les routes.

Tout commence à Blancafort, où le canal prend naissance, un peu à l’écart du bourg. Le château, maison forte du XVe siècle en brique rose, le borde, et un bras du canal traverse ses 8 hectares de parc et de jardins. Il reste ouvert jusqu’au 30 septembre 2026 (10 h-19 h, fermé le mardi) ; nous le détaillons dans notre article sur les châteaux de la Sologne du Cher. Un monument rappelle que Blancafort fut, en décembre 1998, le premier centre géographique de la zone euro. Et au lieu-dit Launay, des bénévoles restaurent une passerelle Eiffel.

Le canal gagne ensuite Argent-sur-Sauldre, puis longe l’étang du Puits. Ce plan d’eau d’environ 180 hectares, partagé entre Argent-sur-Sauldre, Clémont et Cerdon (Loiret), a été créé pour l’alimenter. Sans lui, pas de canal. Grâce à lui, le canal « n’a jamais manqué d’eau », même les années sèches. L’étang a droit à son propre article, baignade et tour à pied compris.

Plus loin, à Clémont, l’office signale une gare d’eau du canal, entre maisons à colombages et briques rouges. Puis vient Brinon-sur-Sauldre, le village de Raboliot : Maurice Genevoix disait s’être inspiré d’un braconnier de Brinon pour son roman, prix Goncourt 1925.

Un détail frappe à Argent : les berges ne sont plus fauchées, « afin de préserver la biodiversité », écrit la mairie. Les herbes montent, les insectes reviennent. N’attendez pas une pelouse au cordeau.

Seule entorse au canal sans bateaux : l’été, à Argent, deux bateaux électriques de cinq places et quatre paddles se louent à La Marine, maison à pans de bois au rond-point de la route de Gien. En 2026, c’était du 4 juillet au 31 août ; la saison est close et les dates 2027 ne sont pas publiées.

À pied et à vélo : les tronçons praticables

La colonne vertébrale, c’est la Sente Bleue. Ce parcours balisé suit le chemin de halage côté Cher, pour la marche, le cheval et le VTT : 37,5 km, 13 écluses, de Blancafort à Brinon-sur-Sauldre par Argent et l’étang du Puits. L’office le classe « facile ». Côté dénivelé, il l’est : un canal ne connaît pas de grandes côtes, l’eau n’aime pas monter. Côté sol, c’est une autre histoire.

Le canal de la Sauldre et son chemin de halage
Le canal de la Sauldre et son chemin de halage. Photo : ©Tourisme Sauldre et Sologne

Pour le découper, l’office donne quelques repères à vélo. De Blancafort à Argent-sur-Sauldre, 10 km. De l’étang du Puits à Brinon-sur-Sauldre, 14 km, dont 8 restent au passage de l’écluse de Chanteloup. De quoi bâtir un aller-retour à sa mesure.

Sur quoi roule-t-on ? Oubliez le vélo de route, l’office n’en conseille aucun ici : c’est un terrain de VTT. Et prévenez vos mollets : certaines portions sont mal entretenues, d’autres labourées par les sangliers, et la balade peut vite tourner au cross.

Tronçon ou circuit Départ Distance Type de sol (ce qui est publié) Pour qui
Sente Bleue Blancafort, bourg 37,5 km chemin de halage, portions mal entretenues ou labourées par les sangliers marcheurs endurants, VTT, cavaliers
Blancafort-Argent à vélo Blancafort 10 km halage (VTT conseillé) première sortie, familles
D’Argent-sur-Sauldre à l’étang du Puits Argent-sur-Sauldre 18 km non précisé « très facile », enfants compris
Tour de l’étang du Puits point d’accueil côté Cher 9 km sentier, vélos autorisés familles, chien en laisse
Circuit du bois des Buissons Le Coudray (Brinon) 17 km non précisé randonneurs, demi-journée
Sentier de la Tourbière des Landes parking de l’ENS, Ménétréol 2 km sentier, vélos interdits tout le monde, à pas lents
Sente Verte (ancienne voie ferrée) Aubigny-sur-Nère 30 km inégal, restes de ballast ou de sable marcheurs, vététistes patients

Un mot sur la Méridienne à vélo, dont vous entendrez parler. Cette véloroute V48 doit reprendre l’ancienne voie ferrée Bourges-Sully-sur-Loire et longer le canal depuis l’étang du Puits. Les travaux avaient démarré en septembre 2025 entre Aubigny, Argent et l’étang. Mais le tribunal judiciaire de Châteauroux a suspendu le chantier entre Bourges et l’étang du Puits, décision notifiée au Département le 13 avril 2026. Les travaux ont repris depuis, mais aucun tronçon n’est encore officiellement ouvert à la circulation : ne bâtissez pas votre séjour sur elle.

Autre confusion fréquente quand on cherche un itinéraire vélo dans le Cher : Cœur de France à vélo ne passe pas par le canal de la Sauldre. Il suit le Cher et le canal de Berry, bien plus au sud.

Pas de vélo dans le coffre ? L’Office de Tourisme Sauldre et Sologne loue dix vélos à assistance électrique, à la demi-journée ou à la journée, toute l’année, précieux sur les boucles de 30 ou 40 km quand le vent d’ouest s’en mêle. Au-delà d’une journée, la location se fait sur demande. Les tarifs :

Période Matin Après-midi Journée
Octobre à avril, du lundi au samedi 10 h-12 h 45 : 10 € 14 h-16 h 45 : 10 € 10 h-16 h 45 : 20 €
Mai à septembre, du lundi au samedi 10 h-12 h 45 : 10 € 14 h-18 h 30 : 16 € 10 h-18 h 30 : 22 €
Mai à septembre, le dimanche 10 h-12 h 45 : 10 € 14 h-16 h 45 : 10 € 10 h-16 h 45 : 20 €

Trois départs pour une première fois

Blancafort. Le départ logique de la Sente Bleue, à une dizaine de kilomètres d’Aubigny-sur-Nère. On salue la source du canal, le château, l’église Saints-Étienne-et-André et son clocher-porche singulier, puis on file vers Argent : 10 km de halage, une demi-journée aller-retour à vélo.

Argent-sur-Sauldre, La Marine. À une vingtaine de minutes d’Aubigny, c’est le départ le plus polyvalent : halage vers Blancafort d’un côté, étang du Puits de l’autre, et le musée des Métiers d’Antan si la pluie s’invite.

Le Coudray, à Brinon-sur-Sauldre. À 5 km du bourg par la D 923, ce lieu-dit au bord du canal offre un parking pour le circuit du bois des Buissons. C’est la portion la plus solognote, déjà tournée vers le Loir-et-Cher, où le canal file jusqu’à Lamotte-Beuvron, patrie de la tarte Tatin.

Les cavaliers ont leur itinéraire : 75 km au départ de la plateforme équestre d’Aubigny-sur-Nère, par le halage jusqu’à l’étang.

Ménétréol-sur-Sauldre et la Tourbière des Landes

Changement d’échelle. Après 47 km de canal, 10 hectares. C’est peut-être là que la Sologne du Cher se montre sous son jour le plus rare.

Ménétréol-sur-Sauldre compte un peu plus de 200 habitants ; son nom ancien, Monastériolum, est attesté au XIe siècle. À une douzaine de minutes d’Aubigny-sur-Nère, en bordure de la Petite Sauldre et entre les deux étangs communaux, s’étend la Tourbière des Landes. Espace Naturel Sensible du Département du Cher, elle est gérée depuis 2003 par le Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire, copropriétaire avec la commune.

Une tourbière est un sol gorgé d’eau où les végétaux se décomposent si lentement qu’ils s’accumulent. Celle-ci mêle tourbe acide, landes humides et boisements marécageux ; le Département la présente comme un site majeur pour les tourbières acides de Sologne. On y croise des sphaignes, des bruyères, le lycopode inondé, le damier de la succise (un papillon), le lézard des souches. Et, sur la rive sud de l’étang communal, des droseras : de minuscules plantes carnivores aux feuilles rondes et collantes, qui piègent les insectes. Il faut se pencher pour les voir, de préférence en juin et juillet, leur meilleure période. C’est tout l’esprit du lieu.

Ce paysage ne tient pas tout seul. Livrée à elle-même, une tourbière se referme sous les pins, les bouleaux et les saules. En septembre 2019, le Conservatoire a donc abattu les arbres sur 1,6 hectare et arraché les souches, pour rendre la lumière aux plantes basses.

L’accès se fait par l’étang communal, sur la RD 924 : parking, point d’accueil, bornes pédagogiques, bancs, table de pique-nique et un sentier découverte de 2 km, niveau familial. Chiens en laisse acceptés, vélos interdits. La fiche de l’Espace Naturel Sensible du Département du Cher donne le plan et les coordonnées.

La discrétion n’est pas une option. Le sol est fragile, les plantes rares et minuscules : on reste sur le sentier, on ne cueille rien, le chien ne patauge pas. Les visites guidées gratuites des « Escapades nature » du Département, sur réservation, apprennent à repérer ce que l’œil distrait piétinerait. Aucune sortie n’est programmée à la Tourbière des Landes d’ici la fin de 2026 ; le programme 2027 est à venir.

Pour en faire une journée, l’office publie une randonnée facile de 17 km entre Ennordres et Ménétréol-sur-Sauldre, « entre Petite Sauldre et Méridienne Verte », qui passe par la tourbière et les étangs communaux.

Randonnée en Sologne du Cher : les circuits de l’office

Une précision qui évite bien des déceptions. Quand on cherche les étangs de Sologne, on imagine des chapelets de miroirs d’eau. Cette Sologne-là existe, mais surtout au centre, dans le Loir-et-Cher, où la Sologne des étangs concentre plus de la moitié des quelque 3 000 étangs de la région. La Sologne du Cher, à l’est, est la Sologne « sèche », plus riche en landes, et autour d’Aubigny elle se mêle au Pays-Fort et au Berry. Moins d’eau, donc, mais des paysages plus variés, et quelques grands plans d’eau comme l’étang du Puits.

Bruyère en fleur dans les landes de Sologne
Bruyère en fleur dans les landes de Sologne. Photo : ©Tourisme Sauldre et Sologne

À vélo, l’office publie surtout des boucles faciles : Aubigny-sur-Nère (18 km), Clémont-Brinon-sur-Sauldre (20 km), Aubigny-Oizon par le château de la Verrerie (24 km), Ivoy-le-Pré-La Chapelle-d’Angillon sur les pas d’Alain-Fournier (27 km). La plus douce est le circuit des Braults, 8 km au départ de l’église de Méry-ès-Bois.

À pied, on retiendra les deux circuits Raboliot (6 et 14 km) autour de Brinon, la liaison Aubigny-Blancafort (22 km), la boucle Blancafort-Argent autour du canal (27 km), ou la traversée Presly-Méry-ès-Bois (27 km), vers le village des merrandiers, ces artisans qui fendent le chêne pour les tonneaux de Sancerre. Méry-ès-Bois revendique plus de 200 km de sentiers.

Un conseil : certaines durées affichées sur les fiches surprennent (quatre heures pour les 37,5 km de la Sente Bleue). Fiez-vous aux distances et à votre rythme.

Pour le reste du séjour, notre guide d’Aubigny-sur-Nère, la cité des Stuarts donne les repères du camp de base, et notre panorama de la Sologne côté Cher élargit aux villages voisins.

L’automne, saison du brame et des chasseurs

L’automne est sans doute la plus belle saison pour marcher ici. Les fougères roussissent, la lumière s’allonge sur les landes, et de mi-septembre à mi-octobre, le brame du cerf résonne dans les bois. C’est aussi la saison de la chasse, qui fait partie de la vie du pays.

Un fait à garder en tête : plus de 90 % de la forêt solognote appartient à des propriétaires privés. La plupart des bois ne sont pas ouverts au public. Le halage, les sentiers des Espaces Naturels Sensibles et les circuits balisés vous gardent sur des terrains où vous avez le droit d’être.

Chasse : avant de partir à l’automne. Dans le Cher, l’ouverture générale de la chasse à tir court du 27 septembre 2026 au 28 février 2027. Certaines chasses commencent plus tôt : le sanglier se chasse du 1er juin 2026 au 31 mai 2027 (battues possibles du 15 août au 31 mars), le gibier d’eau depuis le 21 août sur les étangs, les cours d’eau et une bande de 30 mètres autour. Nous n’avons trouvé aucun jour sans chasse imposé dans le département. Restez sur les chemins balisés, respectez les panneaux « chasse en cours », portez une couleur vive, gardez le chien en laisse et, pour une longue sortie, renseignez-vous en mairie sur les battues du jour.

Pour le brame, même discrétion. Écoutez depuis les chemins publics, à la tombée du jour, sans lampe braquée, et ne franchissez jamais une clôture pour « voir de plus près ».

Reste le canal. Il ne mène nulle part depuis 1869, ne transporte plus rien depuis 1926, et c’est pour cela qu’on y revient. Sur ce ruban d’eau immobile, entre deux écluses qui ne s’ouvriront plus, la Sologne du Cher se parcourt à la seule vitesse qui lui convienne : la vôtre.

Pour aller plus loin

Photos : ©Tourisme Sauldre et Sologne.

Rédaction Allovoyages

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