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title: "Le Château des Brasseurs de Xertigny : l’histoire d’une fortune bâtie sur la bière"
description: "Il n’a pas été construit par un seigneur, mais par un brasseur. Et c’est toute une commune qui, un siècle plus tard, a choisi d’en faire…"
url: "https://allovoyages.fr/destinations/chateau-des-brasseurs-xertigny/"
author: "Rédaction Allovoyages"
date: "2026-10-02T20:12:19+00:00"
lang: "fr_FR"
categories: ["Destinations"]
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# Le Château des Brasseurs de Xertigny : l’histoire d’une fortune bâtie sur la bière

*Il n'a pas été construit par un seigneur, mais par un brasseur. Et c'est toute une commune qui, un siècle plus tard, a choisi d'en faire sa maison.*

Sur la place centrale de Xertigny, à 17 km au sud d'Épinal, un édifice de pierre aux tourelles élégantes accueille les habitants venus faire une démarche en mairie. Peu de mairies de France peuvent en dire autant : celle-ci occupe un château néo-Renaissance de 1888, bâti grâce à la bière. Son histoire couvre plus de deux siècles, de la fondation d'une première brasserie en 1750 à la fermeture de la dernière en 1966.

## Une terre de brasseurs

Bien avant le château, Xertigny brassait. Le plateau de la Vôge réunissait tout ce qu'il fallait : une eau douce et abondante, des étangs où découper la glace en hiver, des forêts pour le bois de chauffe.

La plus ancienne brasserie de la commune s'appelait l'Orémus. Elle est fondée en 1750. Une autre, la Cense, s'installe plus tard. Ce sont alors des brasseries de village, qui servent les auberges et les fermes des environs.

Tout change avec l'arrivée d'un jeune Haut-Marnais.

## Victor Champion, l'élève de Weihenstephan

Victor Champion naît en 1839 en Haute-Marne. Il se forme à Weihenstephan, en Bavière, dont l'école de brasserie est alors l'une des plus réputées d'Europe. Il y apprend la fermentation basse, celle des bières blondes de type lager, qui exige une maîtrise rigoureuse du froid.

De retour en France, il travaille à la brasserie de la Cense, à Xertigny. En 1865, il rachète l'Orémus.

Les chiffres disent la suite. En 1870, la brasserie produit 4 000 hectolitres. En 1890, 110 000. La production est multipliée par plus de vingt-cinq en deux décennies, et l'entreprise de village devient une industrie régionale.

Le chemin de fer y est pour beaucoup. La gare de Xertigny ouvre en 1863, deux ans avant le rachat de l'Orémus. Grâce à la ligne, la bière du plateau peut partir vers Épinal, Nancy et bien au-delà.

## Le gendre, la société, la marque

En 1887, Berthe Champion, fille du patron, épouse Henri Trivier, qui travaille à la brasserie. Beau-père et gendre associent leurs destins : l'entreprise devient la société Trivier-Champion en 1891, l'année de la mort de Victor Champion, puis prend vers 1910 le nom de *La Lorraine, Champion et Trivier*.

*La Lorraine* : c'est sous cette marque que la bière de Xertigny se vend pendant plus d'un demi-siècle. Le groupe exploitera jusqu'à cinq brasseries en France. Une belle réussite pour une entreprise née sur un plateau vosgien.

## 1888 : un château pour deux familles

Un an après le mariage de sa fille, Victor Champion fait construire sa demeure sur les fondations de l'ancien presbytère de l'Orémus. Il en confie les plans à l'architecte François Clasquin.

Le programme est original : la maison est conçue pour accueillir deux ménages, celui du beau-père et celui du gendre. Une même façade pour une alliance familiale et industrielle.

Le style néo-Renaissance est alors très prisé des grands industriels. Il puise dans le vocabulaire des châteaux des XVe et XVIe siècles : encadrements de portes et de fenêtres en pierre de taille sculptée, toitures à la Mansart percées de lucarnes, petites tourelles, cheminées monumentales. L'ensemble affirme la réussite de la maison Champion avec panache.

À l'intérieur, une grande partie du décor d'origine est parvenue jusqu'à nous : boiseries, plafonds à caissons, dorures, et surtout un vestibule de marbre aux mosaïques d'inspiration romaine. Franchir la porte de la mairie, c'est entrer dans une maison de maître de la fin du XIXe siècle.

## Un château au cœur du bourg

Beaucoup de demeures d'industriels de cette époque se tiennent à l'écart, sur une hauteur ou au bout d'une longue allée. Celle de Xertigny a fait un autre choix. Elle se dresse au centre du bourg, adossée à son parc, à deux pas de l'église et des commerces.

Ce choix explique sans doute la suite de son histoire. Le château a toujours fait partie de la vie du village, et c'est presque naturellement qu'il est devenu, un siècle plus tard, la maison commune.

## Le parc, les glacières et la Roche des Cent Écus

Victor Champion ne s'arrête pas au bâtiment. En 1888, il fait planter un parc d'essences rapportées d'Amérique du Nord et d'Asie, à la mode des arboretums de l'époque.

Dans les bois voisins, il installe aussi l'outil de travail de la brasserie. Les glacières d'abord, où l'on stockait la glace découpée l'hiver sur les étangs du plateau, indispensable à la fermentation basse pendant l'été. Puis une faisanderie, qui fournissait le gibier des parties de chasse offertes aux clients de la maison. Les grands brasseurs recevaient leurs acheteurs comme des hôtes.

Reste la Roche des Cent Écus, entourée d'une jolie légende. On raconte au village que Victor Champion y aurait découvert le trésor des Templiers, et que ce trésor aurait financé château et parc. L'emplacement est signalé sur le circuit de randonnée. Les historiens penchent pour une explication plus simple, les 110 000 hectolitres annuels, mais la légende fait partie du patrimoine de Xertigny au même titre que les pierres.

## Une brasserie qui a fait vivre tout un village

Une production de 110 000 hectolitres, c'est onze millions de litres par an. Derrière ce chiffre, il faut imaginer des cuves et des caves, des chevaux et des charretiers, des tonneliers, des équipes chargées de découper la glace en hiver, un service commercial et des dépôts.

Xertigny en garde la trace. Le château, le parc, les glacières, la gare : la commune possède un patrimoine bâti qui témoigne de cette prospérité. Et la mémoire de *La Lorraine* reste vive chez les anciens du secteur.

## De la colonie de vacances à la mairie

Le groupe traverse les deux guerres mondiales. En 1956, la famille vend le château à la Compagnie générale des eaux, qui en fait une colonie de vacances. Pendant des étés entiers, des enfants de la région jouent dans les salons à boiseries.

La brasserie ferme définitivement le 30 septembre 1966, 216 ans après la fondation de l'Orémus et un siècle après son rachat par Victor Champion.

La colonie a sans doute contribué à préserver le bâtiment : un lieu habité est un lieu chauffé, entretenu, réparé. Les décors intérieurs en ont bénéficié.

En 1977, la commune rachète le château pour 900 000 francs. Le 7 janvier 1981, la mairie s'y installe. En 1983, elle acquiert les 38 hectares de forêt attenants, avec les glacières, la faisanderie et la Roche des Cent Écus. En six ans, Xertigny a fait de l'ancien domaine de ses brasseurs un bien commun.

## Ce qui rend la visite si parlante

Le Château des Brasseurs ne bénéficie d'aucune protection au titre des monuments historiques. Son intérêt tient ailleurs : dans la cohérence de l'ensemble.

Ici, tout est encore lisible. La maison, le parc, l'arboretum planté par le propriétaire, les glacières de production, la faisanderie, la forêt. Et à quelques centaines de mètres, une brasserie coopérative, La Golaye, a repris le brassage en 2014 sur le site de la Cense, là où Victor Champion avait débuté.

En une demi-journée, on parcourt un siècle et demi d'histoire économique, du XVIIIe siècle à aujourd'hui. Et la promenade dans le parc est gratuite.

## Ce qu'il faut regarder pendant la visite

Dès le vestibule, levez les yeux puis baissez-les. Le sol de marbre et ses mosaïques d'inspiration romaine donnent le ton : la maison Champion voulait impressionner ses visiteurs dès le seuil. Les industriels de la fin du XIXe siècle recevaient chez eux leurs clients, leurs fournisseurs, leurs banquiers. L'entrée faisait office de carte de visite.

Dans les pièces de réception, observez les plafonds à caissons et les boiseries. Ces décors, fréquents dans les demeures de la bourgeoisie industrielle de l'époque, sont rarement aussi bien conservés dans un bâtiment resté en usage. Le fait que la mairie y travaille au quotidien ajoute au charme : les salons où se tenaient les dîners de la famille servent aujourd'hui à célébrer les mariages de la commune.

À l'extérieur, faites le tour du bâtiment. Les lucarnes, les encadrements sculptés et les tourelles se lisent mieux avec un peu de recul, depuis le parc. On comprend alors la logique de la double maison : une façade unique, conçue pour abriter deux foyers.

Enfin, avant de partir vers la forêt, prenez le temps de regarder les arbres du parc. Certains ont été plantés à l'époque de la construction. Ils ont vu passer la famille Champion, les enfants de la colonie de vacances, puis les élus et les habitants.

## Visiter le château

Des visites guidées sont proposées en saison. Lors de notre relevé de septembre 2026, elles avaient lieu de mai à septembre, plusieurs après-midi par semaine. Le château étant une mairie en activité (mariages, conseils municipaux, accueil du public), les créneaux sont fixés en conséquence : renseignez-vous avant de venir.

Le parc et l'arboretum sont en accès libre toute l'année. Depuis la cour du château part la boucle balisée du bois Beaudoin, 4,2 km et environ une heure de marche, qui mène aux glacières et à la Roche des Cent Écus. Elle est détaillée dans notre article sur la [randonnée dans les bois Beaudoin](/destinations/randonnee-bois-beaudoin-canal-des-vosges/).

### Combien de temps prévoir

Une heure pour la visite guidée, une heure pour le parc et l'arboretum, une heure pour la boucle forestière. Une demi-journée permet de tout voir sans se presser. En ajoutant une visite à la brasserie La Golaye, sur rendez-vous, vous obtenez une journée complète consacrée à la bière et à son histoire : notre guide [des brasseries de la Vôge et des environs d'Épinal](/destinations/brasseries-artisanales-vosges-visite/) vous aidera à l'organiser.

### Accès et stationnement

Xertigny se trouve à 17 km au sud d'Épinal, à une vingtaine de minutes par la route. On se gare place Michel Bidaud, en contrebas de la cour du château. La gare de Xertigny, sur la ligne Épinal - Aillevillers, permet aussi de venir en train : vérifiez les horaires avant de partir.

## Autour du château

À quelques pas, l'église Sainte-Walburge a été reconstruite en 1951 après les combats de juin 1940. Elle abrite des vitraux de Gabriel Loire, maître verrier de Chartres dont l'œuvre orne de nombreux édifices en France et à l'étranger.

Pour prolonger la journée, Épinal est à vingt minutes : l'Imagerie, le Musée de l'Image et la basilique Saint-Maurice complètent bien une visite consacrée au patrimoine vosgien. Le reste du programme à Xertigny, de la brasserie aux gîtes en hêtre, est dans notre guide général : [que faire à Xertigny et dans la Vôge](/destinations/que-faire-xertigny-voge-vosges/).

### Pour aller plus loin

- [Que faire à Xertigny et dans la Vôge](/destinations/que-faire-xertigny-voge-vosges/)
- [Visiter une brasserie dans la Vôge et autour d'Épinal](/destinations/brasseries-artisanales-vosges-visite/)
- [Le bois Beaudoin et le canal des Vosges](/destinations/randonnee-bois-beaudoin-canal-des-vosges/)

*Horaires de visite relevés en septembre 2026, à vérifier avant votre visite. Informations pratiques : [tourisme-epinal.com](https://www.tourisme-epinal.com/).*

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*Source : [allovoyages.fr](https://allovoyages.fr/destinations/chateau-des-brasseurs-xertigny/)*
