La frontière est une ligne sur une carte. Depuis Biron, on descend vers le sud par la D53, on passe un panneau « Lot-et-Garonne », et rien ne change : mêmes collines de chênes et de châtaigniers, même pierre blonde, mêmes noms de famille sur les boîtes aux lettres. La Lède, une petite rivière qui rejoint le Lot à Villeneuve, a creusé ici une vallée étroite, encaissée, que deux villages et une forteresse se partagent depuis le XIIe siècle.
Administrativement, ce versant n’est plus la Dordogne. Mais quiconque dort à Biron ou à Monpazier ira un jour à Gavaudun, et il serait absurde de ne pas en parler.
Gavaudun : le donjon sur son rocher
On arrive par le fond de la vallée, et on lève la tête. Le château de Gavaudun est posé sur un éperon de calcaire qui barre la Lède, à une hauteur qui paraît déraisonnable. Ce qu’on voit d’en bas est surtout le donjon, haut d’environ 25 mètres, bâti au XIIIe siècle et surélevé au XIVe. Le reste de la forteresse, courtines et bâtiments, s’accroche au rocher derrière.
L’histoire commence mal. Vers 1160, l’évêque de Périgueux assiège et fait démolir une première forteresse, tenue par des gens que les textes appellent brigands ou hérétiques, selon la source. On reconstruit aussitôt. Pendant la guerre de Cent Ans, Gavaudun tient la route qui relie le Périgord à l’Agenais, et change de camp au gré des sièges. Les familles se succèdent ensuite, Durfort, Lustrac, Caumont, d’Auray, Belsunce, jusqu’à ce que la commune elle-même achète le château vers 1796. Il lui appartient toujours, ce qui est rare.
Le détail qui fait la visite : à l’origine, on n’entrait pas par une porte mais par un puits. Une cheminée verticale taillée dans la roche, qu’on gravissait à l’échelle, et qu’on relevait derrière soi. Aujourd’hui un escalier taillé dans le roc a remplacé l’échelle, mais le passage reste étroit, sombre, et donne une idée assez exacte de ce que voulait dire « imprenable » en 1300. Les enfants adorent. Les adultes qui n’aiment pas les espaces réduits moins.

Du sommet du donjon, la vue prend toute la vallée. C’est l’un des points de vue les plus spectaculaires du secteur, et il est presque inconnu.
Le donjon est classé monument historique depuis 1862, le reste du château depuis 1987.
Visiter le château de Gavaudun
Le château se visite au printemps et en été. En 2026, il était ouvert du 4 avril au 30 septembre, du mercredi au dimanche de 9 h 30 à 17 h 30, tous les jours en juillet et en août, avec une dernière admission à 16 h 30. Les dates 2027 ne sont pas encore annoncées : vérifiez-les avant de venir.
Tarifs : 6 € pour les adultes (plus de 16 ans), 4 € pour les enfants de 6 à 16 ans, gratuit avant 6 ans et pour les habitants de la commune. Tarif réduit à 4 € pour les demandeurs d’emploi, les étudiants et les personnes à mobilité réduite, sur justificatif.
L’été, le château s’anime : chasse au trésor, matinées contées, initiation à la taille de pierre, descentes en rappel depuis les murs. En août 2026, des visites guidées avaient lieu chaque mercredi matin, et le village organise chaque été une « Rencontre historique », dont la septième édition était consacrée à la vallée de la Lède aux XVIIIe et XIXe siècles.
Renseignements au 05 53 75 10 07. La montée est raide et le rocher glissant par temps humide : chaussures fermées, et pas de poussette au-delà de la cour basse.
Le village en bas
Gavaudun est un village-rue coincé entre la rivière et le rocher. Quelques maisons, une mairie au 18 rue du Porche, une auberge, et le calme. En remontant la vallée, le prieuré et l’église de Laurenque, romane, valent le détour, ainsi que les anciens moulins qui jalonnent la Lède. Le site a longtemps été un lieu de gîtes de groupe et de colonies de vacances, ce qui explique les grands domaines qu’on aperçoit dans les bois.
Saint-Avit : le village de Bernard Palissy
Cinq minutes plus loin, un hameau de la commune de Lacapelle-Biron, sur une hauteur. Une église, un cimetière, quelques maisons. Et une plaque : ici serait né, vers 1510, Bernard Palissy.
Palissy est l’un de ces personnages que la France du XVIe siècle a produits sans le vouloir. Potier, émailleur, verrier, arpenteur, géomètre, savant. Fils d’artisan, il aurait passé près de vingt ans à chercher le secret d’un émail blanc entrevu sur une coupe, brûlant, dit la légende, ses meubles et le plancher de sa maison pour nourrir le four. Vers 1555, il met au point ses rustiques figulines : des plats en céramique couverts de reptiles, de poissons, de feuilles et de coquillages moulés sur nature, d’un réalisme qui surprend encore. Le connétable de Montmorency le protège, puis Catherine de Médicis, qui lui commande une grotte de céramique pour le jardin des Tuileries.
Il est aussi un homme de science, qui écrit en français et non en latin, tient un cabinet de curiosités, affirme que les fossiles sont des restes d’animaux et décrit le cycle de l’eau avec une justesse en avance sur son temps. Ses Discours admirables paraissent en 1580.
Converti au protestantisme dès 1546, il est emprisonné plusieurs fois au fil des guerres de Religion. La dernière fois pour de bon : il meurt à la Bastille en 1589 ou 1590, à près de quatre-vingts ans, pour avoir refusé d’abjurer. Balzac s’en souviendra pour son Balthazar Claës de La Recherche de l’absolu.
Le lieu de naissance est incertain. Les archives hésitent entre Saint-Avit et Agen. Le hameau, lui, ne doute pas, et il a ses raisons : la maison dite natale est là, à côté de l’église, et le musée qui porte son nom en a fait un lieu vivant.
L’église et le musée
L’église de Saint-Avit, des XIIIe et XVe siècles, avec des parties romanes, est classée monument historique depuis 1954. Elle se visite librement ; le petit cimetière qui l’entoure, sur la hauteur, est de ceux où l’on s’attarde.
Le musée de céramique Bernard Palissy, installé dans l’ancienne maison natale supposée, ne montre pas de Palissy : ses œuvres sont au Louvre, à Écouen, à Sèvres. Il fait autre chose, et c’est plus intéressant : une collection de céramique contemporaine constituée au fil des ans par les artistes invités, et chaque été une exposition monographique. En 2026, jusqu’au 4 octobre, « Résonances » présente les céramistes Brigitte Marionneau et Gisèle Buthod-Garçon. La programmation 2027 n’est pas encore annoncée.
Horaires 2026 : en mai et juin, les dimanches et jours fériés de 14 h à 17 h 30 ; en juillet et en août, du mercredi au dimanche de 15 h à 19 h ; en septembre, du mercredi au dimanche de 14 h à 18 h. Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture. Tarifs : 5 €, 2,50 € pour les groupes, les étudiants et les 10-18 ans. Renseignements au 05 53 40 98 22.
C’est un petit musée, tenu par des passionnés, et il vaut la peine d’y aller pour cela même. On y voit ce que la terre cuite est devenue quatre siècles après les lézards de Palissy.
Lacapelle-Biron : le village et sa mémoire
Le bourg de Lacapelle-Biron est au fond de la vallée, à cinq kilomètres de Biron et de Saint-Avit. Une place, une église, des commerces qui tiennent, un village de Lot-et-Garonne comme il en existe cent. Sauf pour une chose.
Le dimanche 21 mai 1944, le 1er bataillon du régiment Der Führer, de la 2e division SS Das Reich, guidé par la Gestapo d’Agen, a bouclé les communes situées aux confins du Lot-et-Garonne, de la Dordogne et du Lot. En quelques heures, 118 personnes ont été arrêtées, dont 47 hommes de Lacapelle-Biron. Enfermés une semaine dans une caserne d’Agen, ils ont été transférés à Compiègne, puis déportés vers Dachau et Mauthausen. Vingt-quatre sont revenus. Sur la place, le Monument départemental de la Déportation, inauguré le 15 août 1947 et dû au sculpteur Raymond Buisseret, porte les noms des 213 déportés du Lot-et-Garonne morts dans les camps. Il est sobre, il est à sa place, et on ne peut pas traverser le village sans le voir.

Nous le mentionnons parce qu’un guide qui ne parlerait que de donjons et de céramique passerait à côté de ce que ce pays a vécu il y a quatre-vingts ans, et que les habitants, eux, ne l’ont pas oublié.
Une boucle à pied depuis Biron
Une randonnée en forme de 8, d’une vingtaine de kilomètres, relie Biron, le hameau du Moulinal, Saint-Avit et Lacapelle-Biron, avec un retour par la « boucle du château ». Les balisages se succèdent, jaune pour l’essentiel. On change de département deux fois sans s’en apercevoir, on voit la vallée d’en haut, et on finit sous le château de Biron. Une journée, avec pique-nique à Saint-Avit.
Les vététistes ont leur version, plus longue, qui enchaîne Gavaudun, Biron et Monpazier.
Quand venir
La vallée a une saison courte et une saison longue. La courte, c’est celle des sites : le château de Gavaudun ouvre d’avril à fin septembre (du 4 avril au 30 septembre en 2026), le musée Palissy de la fin mai au début octobre, et les animations se concentrent en juillet-août. Si vous voulez monter au donjon et voir l’exposition de céramique, venez entre juin et septembre, un mercredi ou un week-end.
La longue, c’est celle des chemins. La Lède se longe toute l’année, les boucles au départ de Biron ne ferment pas, et l’automne, quand les châtaigniers jaunissent au-dessus de la rivière, est le moment où la vallée est la plus belle. Le donjon fermé se regarde très bien d’en bas.
L’été, la vallée encaissée garde la fraîcheur le matin et la chaleur le soir. Montez au château à l’ouverture, à 9 h 30, et gardez le musée de Saint-Avit pour la fin d’après-midi, quand il ouvre à 15 h.
Pratique
Depuis Biron : Lacapelle-Biron à 5 km au sud par la D53, Saint-Avit à 7 km, Gavaudun à 12 km en remontant la Lède. Depuis Monpazier, ajoutez un quart d’heure. Villeréal est à 15 km à l’ouest, Monflanquin à 15 km au sud. Fumel et sa gare sont à 20 km.
La vallée n’a ni hôtel de chaîne ni supermarché. Elle a des gîtes, des chambres d’hôtes et une auberge ou deux. C’est un pays où l’on réserve avant de venir, et où l’on mange à l’heure.
Gavaudun, Saint-Avit et Lacapelle-Biron sont en Lot-et-Garonne : pour les horaires et les dates à jour, adressez-vous aux offices de tourisme du département.
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