
Le Luberon n’est pas une ville, ni même une vallée. C’est un massif calcaire d’une soixantaine de kilomètres de long, posé entre la Durance et le plateau de Vaucluse, autour duquel se sont accrochés une trentaine de villages. Certains sont mondialement connus, d’autres n’apparaissent dans aucun guide, et l’écart de fréquentation entre les deux catégories est considérable.
D’où la vraie question, quand on prépare un séjour : lesquels choisir. Personne ne visite trente villages, et personne n’en profite en visitant six par jour. Ce panorama sert à trancher.
Cinq villages seulement portent le label
L’association Les Plus Beaux Villages de France distingue, dans le Luberon, cinq communes : Ansouis, Gordes, Lourmarin, Ménerbes et Roussillon. Le label n’est pas décoratif. Il impose des critères de taille, de patrimoine protégé et de qualité architecturale, et il se perd si la commune cesse de les respecter.
Cela dit, il ne faut pas s’y enfermer. Bonnieux, Lacoste, le Vieil Oppède ou Saignon ne sont pas labellisés et comptent pourtant parmi les silhouettes les plus saisissantes du massif. Le label garantit un niveau, il ne dresse pas un classement.
La carte mentale du Luberon en trois lignes
Retenez trois choses, et vous cesserez de vous perdre.
D’abord, le massif se coupe en deux : le Petit Luberon à l’ouest, plus bas et plus boisé, le Grand Luberon à l’est, plus haut, dont le sommet, le Mourre Nègre, culmine à 1 125 mètres.
Ensuite, la barrière se franchit en un seul endroit commode, la combe de Lourmarin, une gorge étroite empruntée par la route entre Lourmarin au sud et Bonnieux au nord. Toutes les autres traversées sont longues.
Enfin, les villages se répartissent de part et d’autre. Au nord, dans la vallée du Calavon, on trouve Gordes, Roussillon, Ménerbes, Lacoste, Bonnieux, Oppède, Goult, Joucas. Au sud, vers la Durance, Lourmarin, Cucuron, Vaugines, Ansouis, Cadenet, La Tour d’Aigues, Lauris. Le nord est le Luberon des cartes postales et des embouteillages. Le sud est plus discret, plus vivant à l’année, et bien plus reposant.
À l’ouest, enfin, Cavaillon tient la porte d’entrée naturelle du massif. C’est par là qu’arrivent la plupart des visiteurs venus d’Avignon, de Paris, des Alpilles ou même de Marseille, et la ville mérite mieux qu’une traversée.
L’ensemble est protégé par le Parc naturel régional du Luberon, créé en 1977, et classé réserve de biosphère par l’Unesco.
Les cinq labellisés, un par un
Gordes
La silhouette la plus photographiée de Provence, et pour de bonnes raisons : le village s’étage sur un éperon rocheux, ses maisons de pierre sèche montent en spirale vers le château et l’église, et le belvédère de la route d’accès offre l’un des points de vue les plus spectaculaires de France.
Le revers de la médaille est connu. En haute saison, Gordes est saturé, et tous les parkings du village sont équipés d’horodateurs. L’astuce que donnent les gens du pays : le stationnement devient gratuit le soir. Venir en fin de journée, visiter le village à la fraîche puis y dîner est souvent la meilleure façon de le découvrir.
À proximité immédiate, l’abbaye Notre-Dame de Sénanque, cistercienne, se dresse au fond d’un vallon. Son champ de lavande, fleuri en juin et juillet, est la deuxième image la plus reproduite du Luberon. Le village des Bories, ensemble de cabanes en pierre sèche, complète la visite.
Roussillon
Roussillon est le village rouge. Le sol y est chargé d’ocre, exploité industriellement jusqu’au milieu du XXe siècle, et les façades reprennent toute la gamme des jaunes, des orangés et des rouges. Rien d’autre ne ressemble à ça en Provence.
Le Sentier des Ocres, aménagé dans une ancienne carrière au bord du village, propose deux parcours, de 30 et de 45 minutes. L’accès est payant. Le sentier peut être fermé les jours de pluie, le sol devenant glissant, et il l’est parfois en hiver pour travaux de rénovation : mieux vaut vérifier avant de venir hors saison. Un conseil qui n’a rien d’anodin : ne portez pas de chaussures blanches et évitez le lin clair, l’ocre marque durablement.
Ménerbes

Ménerbes s’étire sur une crête étroite, entre la vallée du Calavon et le Petit Luberon, ce qui lui donne une forme de navire. Le village a servi de décor à la Provence littéraire anglo-saxonne, en particulier à travers les livres de Peter Mayle.
C’est un village de vin et de truffe, avec une maison consacrée aux deux, et une atmosphère plus feutrée que Gordes. On y monte pour la vue, on y reste pour le calme.
Lourmarin
Le seul labellisé du sud Luberon, au débouché de la combe. Lourmarin ne joue pas dans le registre du village perché : il est posé à plat, adossé à la montagne, avec son château Renaissance légèrement à l’écart.
C’est aussi le village le plus vivant du massif hors saison. Le château ouvre presque tous les jours de l’année, le marché du vendredi se tient en janvier comme en août, les galeries d’art y sont nombreuses au point d’en constituer la signature, et le stationnement est gratuit, y compris les jours de marché. Pour beaucoup de visiteurs, c’est la meilleure base de séjour du Luberon.
Deux écrivains reposent dans son cimetière, Albert Camus et Henri Bosco, ce qui vaut au village une fréquentation littéraire à laquelle on ne s’attend pas toujours.
Ansouis
Le plus discret des cinq. Ansouis domine la plaine de la Durance, avec un château toujours habité et des ruelles où l’on croise plus de chats que de touristes.
C’est le village à choisir un jour de forte affluence ailleurs. Il donne une idée assez juste de ce qu’étaient les villages du Luberon avant le tourisme.
Les villages perchés que le label ne mentionne pas

Bonnieux s’étage en terrasses sur le versant nord du Petit Luberon, avec une église haute atteinte par un escalier raide et un panorama qui embrasse tout le Calavon. Au-dessus du village, sur le plateau, la forêt des cèdres offre une promenade ombragée, précieuse en été.
Lacoste est le village du marquis de Sade, dont le château en ruine domine les toits. Racheté et restauré par le couturier Pierre Cardin, il accueille des spectacles pendant l’été. Le village lui-même est minuscule, entièrement en calades, et très photogénique.
Le Vieil Oppède, longtemps appelé Oppède-le-Vieux, est probablement le plus étrange du massif. Abandonné au XIXe siècle quand les habitants sont descendus dans la plaine, il a été partiellement réinvesti par des artistes. On y monte à pied jusqu’à l’église et aux ruines du château, dans un décor de pierre et de figuiers sauvages.
Goult reste inexplicablement épargné par la foule. Son moulin à vent restauré et ses terrasses de culture en pierre sèche en font une visite courte et parfaite.
Joucas est un village de rien du tout, quelques ruelles et une vue, mais c’est précisément l’intérêt.
Saignon, près d’Apt, s’appuie contre un rocher que l’on gravit pour un panorama à trois cent soixante degrés. Sa place à fontaine est l’une des plus jolies du Luberon.

Cucuron et Vaugines, dans le sud, méritent une halte à eux deux. Cucuron pour son grand bassin bordé de platanes, décor de cinéma reconnaissable entre tous, Vaugines pour son église romane isolée sous les arbres, à l’écart du village.
Cadenet garde les ruines de son château et la statue du Tambour d’Arcole, en souvenir d’André Estienne, enfant du pays. La Tour d’Aigues possède un château Renaissance en partie ruiné dont la façade monumentale surprend. Buoux, enfin, n’est presque pas un village : c’est un fort perché sur un éperon, au-dessus d’un vallon prisé des grimpeurs.
Les distances réelles, pour se faire une carte en tête
Le Luberon paraît minuscule sur une carte routière, et il l’est. Ce qui trompe, ce sont les routes : étroites, sinueuses, souvent en lacets, avec des vitesses moyennes très basses. Vingt kilomètres peuvent demander quarante minutes, et les temps de trajet varient beaucoup selon le trafic et la saison.
Quelques ordres de grandeur, en voiture et par les routes normales, à prendre comme des minimums en été.
- Cavaillon à Gordes : environ 18 kilomètres, 25 minutes.
- Cavaillon à Lourmarin : une trentaine de kilomètres, 40 minutes.
- Gordes à Roussillon : une dizaine de kilomètres, un quart d’heure.
- Roussillon à Apt : une douzaine de kilomètres, vingt minutes.
- Gordes à Ménerbes : une douzaine de kilomètres, vingt minutes.
- Ménerbes à Lacoste puis Bonnieux : cinq à six kilomètres entre chaque, dix minutes.
- Bonnieux à Lourmarin, par la combe : une douzaine de kilomètres, vingt minutes.
- Lourmarin à Cucuron, puis Cucuron à Ansouis : moins de dix kilomètres à chaque fois.
- Gordes à Lourmarin : une trentaine de kilomètres, trois quarts d’heure.
- Lourmarin à Aix-en-Provence : une trentaine de kilomètres, quarante minutes.
Ce que ces chiffres révèlent, c’est la logique du terrain. Les villages du nord forment une grappe serrée que l’on enchaîne sans effort. Ceux du sud forment une seconde grappe, tout aussi serrée. Passer de l’une à l’autre coûte une demi-heure et se fait par un seul point, la combe. Un séjour bien construit choisit son versant plutôt que de faire l’aller-retour tous les jours.
Trois erreurs qui gâchent une journée dans le Luberon
La première est de sous-estimer le déjeuner. Entre 12h et 14h30, une bonne partie des commerces et des ateliers ferment, y compris dans les villages touristiques. Une visite prévue à 13h tombe souvent sur des volets clos.
La deuxième est de compter en kilomètres et non en minutes. Trois villages dans l’après-midi, sur le papier, c’est faisable. Sur place, avec le stationnement, les montées à pied et les routes, cela ne l’est pas.
La troisième est de venir en août sans plan B. Les villages les plus célèbres saturent, les parkings débordent, et l’on repart frustré. Le sud du massif, moins couru, absorbe beaucoup mieux la haute saison, et c’est une raison suffisante pour y installer sa base.
Quel village choisir selon ce que vous cherchez
Pour la photo et le spectacle : Gordes, Roussillon, le Vieil Oppède.
Pour le calme absolu : Ansouis, Joucas, Goult, Vaugines.
Pour l’art et les galeries : Lourmarin sans hésiter, loin devant les autres.
Pour un séjour hors saison : Lourmarin encore, parce que tout y reste ouvert, et Cavaillon, qui a de très beaux sites à visiter, des hébergements attachants et des restaurants au rapport qualité-prix excellent. Beaucoup de villages perchés, en revanche, sont presque entièrement fermés en hiver.
Pour les familles : le sud Luberon en général, moins pentu, moins encombré, avec des villages courts à parcourir et des aires de jeux.
Pour le vin : Ménerbes, Lourmarin, Puyvert, Oppède et Bonnieux, et les caves des appellations Luberon et Ventoux alentour.
Combien en voir par jour
Deux villages par jour, trois au maximum. Au-delà, ils se confondent, et vous aurez surtout vu des parkings.
Un principe simple aide à composer : associez toujours un village très fréquenté et un village discret, dans la même demi-journée. Gordes le matin puis Joucas en fin de journée. Roussillon puis Saignon. Lourmarin puis Vaugines et Cucuron.
Pour un itinéraire minuté sur deux ou trois jours, avec les distances réelles et l’ordre des visites, nous détaillons un week-end dans le sud Luberon au départ de Lourmarin.
Les marchés, en une phrase
Chaque village a son jour, et le marché est souvent le meilleur moment pour voir un village vivre plutôt que se laisser regarder. Lourmarin le vendredi est le plus réputé du sud, mais les plus petits valent souvent le détour, comme Lauris le lundi matin ou Cucuron le mardi matin. Le marché de Lourmarin, le vendredi matin fait l’objet d’un article à part.
Marcher dans le Luberon, en une phrase
Les villages se relient entre eux par des sentiers anciens, et c’est la meilleure façon de comprendre la géographie du massif. Les itinéraires les plus accessibles partent du sud, notamment de Lourmarin, et nous les décrivons dans notre guide des randonnées et balades autour de Lourmarin.
Quand venir
Avril, mai, septembre et octobre sont les quatre mois à privilégier. La lumière est meilleure, la chaleur supportable, les villages accessibles, et les hébergements moins chers.
Juin et juillet ont un argument, la lavande, qui fleurit sur le plateau de Sault et à Sénanque. Août est à éviter si vous en avez le choix.
L’hiver est une vraie option pour qui aime le silence, à condition de vérifier les ouvertures. C’est là que Lourmarin et Cavaillon prennent un avantage net sur leurs voisins : on y trouve des sites ouverts, des restaurants et de quoi dormir toute l’année.
Un programme sur mesure
Nous avons volontairement cité ici des villages, et aucun établissement. Si vous souhaitez des adresses plus précises, selon votre budget, vos centres d’intérêt ou le profil de votre groupe, l’office de tourisme Destination Luberon peut vous envoyer sur demande des livrets personnalisés.
Les jours de marché, les horaires de visite et l’agenda des villages sont tenus à jour par l’office de tourisme Destination Luberon. Photographies : © la_baptistine_de_gordes, © Prépare ta valise, via Destination Luberon.