Jumeirah, une douceur orientale à Dubai

Ville majeure des Émirats arabes unis, réputée pour sa démesure et ses établissements grand luxe, la cité dubaïote accueille en son sein ce quartier paisible très prisé. Plages bordées par les eaux limpides du golfe, cafés et parcs s’associent à de célèbres spots 5 étoiles pour garantir une balade tout en émerveillement et sérénité. Récit d’une journée magique.
Jumeirah (Photo via Flickr)
 

Avant toute chose, il s’agirait de planter le décor. D’une part, pour dissiper tout malentendu. Par Jumeirah, accordons-nous sur le district au sens large du terme, soit celui qui englobe notamment les secteurs de Jumeirah 1, 2 et 3, ainsi que ceux d’Umm Suqeim 1, 2 et 3. Voilà les dénominations d’aspect mathématique, peu aguichantes, dorénavant évacuées.
 
D’autre part, pour situer brièvement l’univers géographique dans lequel va se dérouler l’action de la présente odyssée. Dubai donc, dans le nord-est des Émirats arabes unis, dont elle est la principale ville, bordée par le golfe Arabique (n’employons surtout pas l’appellation golfe Persique, celle-ci y est bannie). La zone de Jumeirah qui va être dépeinte s’étend parallèlement à la côte et à cette portion d’océan Indien, sur une enfilade de blocs géométriques. Mais trève de description factuelle : maintenant que les présentations sont faites, place à l’exploration…
 
C’est un jour de mars comme il y en a tant à Dubai. Traduire : dans une chaleur déjà pesante. Il n’est que 9 heures et demie et, sous l’un des quelques arbres qui environnent la mosquée de Jumeirah, mon smartphone me révèle 28 °C. L’édifice religieux, en pierre blanche, exhibe une superbe architecture détaillée et, surtout, est accessible aux non-musulmans. Chose suffisamment rare dans la contrée pour être relevée. Les illuminations nocturnes, avec la majestueuse coupole encadrée de deux minarets, tiennent les mirettes écarquillées. J’ai aujourd’hui opté pour une matinale visite de l’intérieur, mon programme me réservant d’autres bonheurs en soirée.
 
Un ballet d’ombres chinoises à admirer de la plage
 
Après cette étape à la fraîche, je rallie la Jumeirah Road, ou Beach Road, qui s’initie tout prochement. Elle est la véritable colonne vertébrale du district, et donc de ma pérégrination. Ma halte suivante, pour m’enivrer de l’air marin : la Russian Beach, ou Open Beach. Le spot est multiculturellement fréquenté, j’y croise aussi bien étrangers en goguette qu’Émiratis en dishdasha (la longue robe immaculée des hommes) et keffieh. Chacun s’enjaille à sa manière, pique-nique familial, cure de vitamine D, barbotage. Avec telle température, moins nombreux sont les imprudents à fouler la piste de jogging qui ondule gentiment sur le sable blond clair. Idem pour la voie cyclable, d’ailleurs. Au coucher du soleil, de téméraires locaux s’élancent des rochers pour plonger vers les flots. Dans le même temps, des embarcations coutumières, des abras, déploient leurs courbes à contre-jour. Un somptueux ballet d’ombres chinoises que j’ai pu observer hier, mais duquel je me passerai ce soir pour me concentrer sur des “nouveautés”.
 
Tant de délices pour les yeux poussent inévitablement mon estomac à en demander autant. Par chance, le Lime Tree Café ne se trouve qu’à quelques encâblures. Au sein de ce repaire de “Jumeirah Janes” – versions dubaïotes des Desperate Housewives –, d’étrangers et de jeunes gens avisés, on se délecte d’en-cas organiques fait maison, à la main. Par la vue et l’odeur alléché, je statue pour des crackers betterave-chia-parmesan, une salade aux trois riz, du pain potiron-feta-thym et un smoothie énergétique datte-banane. De quoi repartir d’un pied robuste… vers un stand de taxis. Car tout enhardi que je puisse être grâce à cette vivifiante pitance, la distance qui me sépare de mon prochain objectif a de quoi réfréner mon enthousiasme, sous le cagnard. Destination : le Jumeirah Beach Park.
 
Idoine pour ma digestion et pour une pause sans fournaise, ce parc en bordure de mer s’étale sur 12 hectares. Je m’acquitte du (faible) droit d’entrée et accède alors aux aires de jeux, de restauration, de farniente, au cœur d’un paysage arboré joliment dessiné. Caressée par une splendide eau turquoise, la plage est magnifique. Je ne peux résister à l’insistante invitation à la baignade qui m’est envoyée. Ainsi spectateur de la terre ferme, nageant dans le golfe, je me rends encore mieux compte du charme du quartier. Des bâtiments peu élevés, quelques “malls” pour le shopping et une myriade de points de repère, constructions célèbres, sur les flancs et en arrière-plan.
 
L’Oriental Dream au Beverly Hills du Moyen-Orient
 
Pour se faire une idée plus précise de Jumeirah, sachez tout d’abord que ce mot, en arabe, signifie beau/belle. Comme quoi, un tel cadre, ça ne s’invente pas… Cela s’exploite, toutefois, puisque l’éponyme hôtelier haut de gamme est à l’origine du développement. Depuis les années soixante, expats et Émiratis fortunés ont investi ce qui est devenu une zone essentiellement résidentielle garnie de villas voire de palais. Auparavant, pêcheurs, chasseurs de perles et négociants régnaient sur les lieux. Le Beverly Hills du Moyen-Orient fait désormais partie des secteurs les plus chers et exclusifs du pays. Au menu quotidien, pour les privilégiés qui y résident ou qui l’arpentent : spas, yoga, galeries d’art, élégants magasins, transats, cafés pimpants.
 
Mon Oriental Dream se poursuit sur la plage en prolongement du Beach Park. Hasard du calendrier, je tombe nez à nez avec des centaines de cerfs-volants. Je débarque en plein Dubai International Kite Fest. Tout ce qui touche au “kite” est à l’honneur, kite surfing, kite buggying… Et, en leitmotiv, cerfs-volants, donc. Spectacles et compétitions rythment le festival, de jour comme de nuit. Cette petite incartade me ravit. Le ciel est empli d’objets bigarrés, l’ambiance est ludique et bon enfant.
 
Je ne suis pas fatigué de la plage, et ne le serai jamais, mais l’heure tourne. De fait, je traverse tranquillement l’Umm Suqeim Beach et son sable blanc mais ne m’y attarde pas. Je ne manque cependant pas de me délecter de la vue sur le Burj al-Arab, raison de mon empressement. Du bien bel ouvrage que ce palace en forme de voile, qui n’est pas sans me rappeler, peut-être de façon très subjective, l’opéra de Sydney. Achevé en 1999 sur une île artificielle non loin du rivage, il est LE symbole de Dubai, son emblème le plus connu. Soixante étages empilés sur 321 mètres, une façade en verre miroitant aux reflets bleutés… L’affaire – justement propriété du susmentionné groupe Jumeirah – éblouit, de dehors ; imaginez dedans. Faisons simple, il n’y a que des suites. La plus étroite, la Deluxe, mesure 170 mètres carrés ; la moins modeste, la Royale, 780. Un monde 7 étoiles, comme aiment à le qualifier ses louangeurs. Je suis chanceux : j’ai une réservation au Skyview Bar pour l’“Afternoon Tea”. Il m’en coûte 150 euros mais qu’importe, c’est une expérience de vie, une inoubliable incursion au royaume du faste – et de la fine argenterie. Une foisonnante farandole de délices plus tard, je quitte à regret ce théâtral salon aérien et m’en retourne à mes régals terrestres.
 
Des beautés de resorts qui donnent le tournis
 
De mes cieux envoûtants, je n’ai pas omis de zyeuter en contrebas la silhouette du Jumeirah Beach Hotel, structuré telle une vague. Ou un S, c’est selon, mais la portée poétique de la vague, qui répondrait à la voile du Burj al-Arab pour matérialiser l’héritage maritime de Dubai, m’exalte davantage. Je ne pénètrerai pas le domaine, cette fois, mais m’extasierai sur des chiffres qui donnent le tournis : 19 villas sur la plage de 33 800 mètres carrés, 20 bars et restaurants, 600 chambres… et le Wild Wadi Waterpark, un gigantesque parc aquatique avec piscines, toboggans, cascade géante.
 
En guise d’apothéose, je me suis destiné Madinat Jumeirah. Ville dans la ville, l’endroit fut conçu à l’image d’une cité arabe traditionnelle. Grosso modo, on a l’impression de se balader dans un immense souk, avec tout le jeu de clairs-obscurs que cela sous-entend. Mais ce grand bazar à la sauce Disneyland appartient avant tout à un colossal resort 5 étoiles de 40 hectares. Là, rebelote, le listing des facilités et équipements s’avère vertigineux : 2 boutiques-hôtels, 29 “summer houses”, une plage privée d’1 kilomètre, 40 bars-restaurants, une Arena de 1 000 places… Les extérieurs sont inspirés des anciennes bâtisses saoudiennes et yéménites. Quant aux intérieurs, ils exhalent des influences d’antiques demeures de marchands. Je déambule au gré d’un dédale de surprises et de découvertes. Ici, une place avec musiciens et fumeurs de chicha. Là, balcons, courettes, patios. À gauche, des abras transportent des clients en naviguant sereinement sur les canaux. À droite – et je me félicite encore de mon timing –, les œuvres sélectionnées à la dixième édition d’Art Dubai, un des salons les plus réputés de la planète.
 
Luxe et volupté ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Tandis que le crépuscule point, je décide de clôre mon incroyable baguenaude au bar/resto/night-club circulaire, le 360°. Je rejoins cet élégant établissement via une jetée arquée qui s’évade vers le large. Alors lové sur la terrasse ronde, ouverte à la brise, perchée au-dessus de l’eau, je déguste pareillement cocktail et panorama… à 360 degrés. D’un côté, l’horizon embrasé de lueurs orangées. En face, la démesure de Dubai, de sa skyline. Et l’opportunité de scruter, ou de deviner, les autres quartiers comportant le patronyme Jumeirah dans leur titre : Jumeirah Heights, Palm Jumeirah, Jumeirah Beach Residence, Jumeirah Village Circle, Jumeirah Village Triangle… Presque une histoire de famille, en somme. Mais, dans tous les cas, l’histoire d’un doux rêve oriental.
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