Flânerie d’un autre temps dans le passage du Grand-Cerf

Quartier Montorgueil, en plein cœur des Halles. Le passage couvert du Grand-Cerf s’élance entre la sulfureuse rue Saint-Denis, et la place Goldoni. Moins connu et plus confidentiel, il est pourtant doté d’une architecture de fer, de verre et de bois qui n’en reste pas moins étonnante. Le flâneur butine d’une boutique à l’autre sous cette verrière de haute volée, la plus haute de Paris. Entrez dans cette petite parenthèse hors du temps.

Under the umbrellas de Sven Sven, Flickr

Au 145 de le rue Saint-Denis, on peut lire « Passage du Grand-Cerf », un nom qui fait référence à une ancienne enseigne, la Maison du « roulage du Grand Cerf », terminus des diligences royales qui amenaient la messagerie destinée à l’Est de la France. Démolie en 1825, la Maison garda son nom, et le passage fut construit sur cet emplacement. C’est l’époque dorée de ces voies couvertes qui fleurissent dans la capitale. En 1870, Paris en comptait plus de cent cinquante. Ces raccourcis entre deux artères, et bordés bien souvent de commerces variés, permettaient aux passants de garder les pieds secs et les protégeaient du tumulte de la ville.

Au fil du temps, le passage du Grand-Cerf est délaissé et se dégrade. La création de nouvelles voies plus luxueuses lui font de l’ombre. En 1990, il est rénové et retrouve ses couleurs et son charme d’antan. Aujourd’hui, il est le théâtre deux fois par an, « des Puces » du meuble contemporain. Et à l’occasion, devient un lieu de tournage pour le cinéma. En 1960, le réalisateur Louis Malle y posa ses caméras pour y tourner une séquence de son film, « Zazie dans le Métro ». Aujourd’hui, cette voie est encore habitée par la création et l’artisanat. On y retrouve des ateliers, des boutiques de bijoux, d’objets du monde, mais aussi des enseignes spécialisées en tricot, luminaires et savons.

Un écrin architectural de fer, de verre et de bois

Longue d’une centaine de mètres, cette galerie percée est baignée d’une douce lumière qui passe à travers ses verrières de 12 mètres et ricoche sur les vitrines. Au-dessus des boutiques qui bordent le passage, deux niveaux s’élèvent. Des gracieux ponts de fer forgé relient les étages. Au troisième, certains privilégiés y ont leur appartement. Sur les façades, les boiseries apportent un côté élégant, sobre et chaleureux au lieu. Les pas résonnent sur le sol en marbre, et damier noir et blanc. Ce passage conserve une beauté surannée, qui n’échappa pas à l’œil de Robert Doisneau. Explorateur inlassable de Paris, il réalisa en 1976 une série de photographie dans les passages parisiens et notamment dans celui du Grand-Cerf. Il mit en lumière et en valeur cette géométrie de fer et de verre.

Le Labo, 4 Passage du Grand Cerf

Un haut lieu de la création

Dans les années 1830, les petites fabriques et les ateliers qui parsemaient Saint-Denis en firent de ce quartier, l’un des plus populaires et industrieux de la capitale. Le passage du Grand-Cerf était alors tourné vers l’artisanat plutôt que vers le luxe et la vente de produits. Aujourd’hui, même si les modistes, chapeliers et autres artisans ont laissé place aux agences de communication et aux cabinets d’architecture, cette artère est encore habitée par la création dans toutes ses formes.  Bijoutiers «  haute couture », créateurs de mode, designers, graphistes, font revivre l’âme artistique de ce passage. A l’entrée de la rue Saint-Denis, le Pas Sage joue sur les mots, mais aussi sur les goûts et les saveurs. Dans ce restaurant, le Chef Julien Kerwien, ancien de l’Atelier de Joël Robuchon, cuisine les plus belles pièces de notre terroir français. La spécialité de la maison ? Le burger au boudin noir.

Dans cette voie bordée par une vingtaine de boutiques, on musarde et on butine d’une enseigne à l’autre. Un véritable paradis pour les chineurs. Le Labo, est un petit cabinet de curiosités, « une boutique de famille, composée du papa, de la maman et des deux filles… Chaque objet présenté est fabriqué par l’un d’entre nous » raconte Maud Rimbert, la grande soeur. Dans sa boutique-atelier, Cécile Boccara crée des bijoux et des accessoires textiles en soie, plumes, crocodile ou galuchat, pour les maisons de haute couture, mais aussi pour les particuliers. Son travail est minutieux, et ses créations uniques. Pelotes colorées en folie chez Lil Weasel, et non le tricot ce n’est pas ringard ! Et pour les amateurs d’illustrations contemporaines et d’arts graphiques, rendez-vous dans L’illustre Boutique. Ici, on trouve des œuvres éditées en 50 exemplaires maximum, numérotées et signées par leurs auteurs, mais aussi des pièces uniques.

Et ce n’est que le soir venu que le Grand-Cerf retrouve son intimité. Ses portes se referment, et le passage se nimbe alors d’une douce quiétude, propre au temps qui se fige. En revenant vers la rue Saint-Denis, il est possible de poursuivre cette flânerie hors du temps, en replongeant dans le silence d’un autre passage, celui du Bourg-l’Abbé.

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