Road trip en Tunisie : notre itinéraire de 7 jours, de Tunis à Djerba

On s’était dit qu’une semaine ne suffirait pas. C’est vrai, et c’est faux. Vrai parce que la Tunisie, entre la médina de Tunis et les ksour berbères du Sud, contient trois ou quatre pays superposés. Faux parce qu’en sept jours bien planifiés, on traverse réellement ces strates : le Maghreb méditerranéen de Carthage, le Maghreb sacré de Kairouan, le Maghreb romain de Dougga, le Maghreb saharien de Douz. Et on finit les pieds dans l’eau à Djerba.

Ce texte retrace notre itinéraire jour par jour, avec les erreurs qu’on ne referait pas et les détours qu’on referait à tout prix. Si tu cherches un guide générique, il en existe de très bons ailleurs. Si tu veux savoir combien de temps prévoir entre Tozeur et Matmata, à quelle heure partir de Kairouan pour éviter la chaleur, ou pourquoi on a renoncé à Sfax, reste.

L’itinéraire en un coup d’œil

JourÉtapeNuitKm
J1Tunis, Carthage, Sidi Bou SaïdSidi Bou Saïd~30
J2Tunis → Dougga → KairouanKairouan240
J3Kairouan → El Jem → SousseSousse160
J4Sousse → TozeurTozeur410
J5Chebika, Tamerza, Chott El Jérid, DouzDouz220
J6Douz → Matmata → Tataouine → CheniniTataouine280
J7Tataouine → DjerbaDjerba170

Distance totale : environ 1 500 km. C’est confortable sur sept jours à condition de poser les grosses étapes au bon moment. On y revient plus bas.

Avant de partir : la logistique qui change tout

La voiture de location. On avait hésité entre deux formules : louer à l’aéroport de Tunis-Carthage et rendre au même endroit (boucle complète), ou faire un one-way avec restitution à Djerba-Zarzis. On a choisi le one-way et on ne regrette pas. Refaire 1 500 km à l’envers après sept jours de route, non merci. Il faut en revanche un loueur qui accepte la restitution dans un autre aéroport sans frais délirants. On est passés par Drivo Tunisie, une agence tunisienne qui a des comptoirs dans les quatre aéroports du pays (Tunis-Carthage, Enfidha-Hammamet, Monastir et Djerba-Zarzis). Tarif raisonnable, caution bloquée puis libérée sans histoire à la restitution, voiture correcte. Une citadine essence suffit largement pour cet itinéraire, pas besoin d’un 4×4.

Permis et papiers. Le permis français suffit si le séjour fait moins de trois mois. Garde toujours sur toi la carte grise de la voiture, l’attestation d’assurance et ton passeport pour les contrôles, notamment à l’approche des zones frontalières du Sud.

Carburant. L’essence coûte environ la moitié du prix français. Les stations sont nombreuses sur les axes principaux, mais après Douz et dans la boucle des ksour, on fait le plein dès qu’on croise une station ouverte. On s’est retrouvés une fois à rouler sur la réserve entre Chenini et Ghomrassen. Pas l’idéal.

Budget indicatif. À deux, hors vol, on s’en est sortis autour de 500-600 € par personne pour la semaine : voiture, essence, nuits (maisons d’hôtes et deux hôtels), repas, entrées des sites. La Tunisie reste très abordable — un tajine complet en médina tourne autour de 15-20 dinars, soit 4-6 €.

Saison. On y est allés fin avril : parfait. Printemps et automne sont les fenêtres idéales. En été, le Sud devient étouffant (45 °C à Tozeur, ce n’est pas rare). L’hiver est doux sur la côte mais frais dans le désert la nuit, prévois des couches.

Jour 1 — Tunis, Carthage et Sidi Bou Saïd

Atterrissage à Tunis-Carthage en milieu de matinée. Récupération de la voiture, direction la médina. La médina de Tunis, c’est le genre d’endroit où tu entres par une porte — Bab el Bhar, la Porte de la mer — et où tu ressors deux heures plus tard en te demandant où tu es. On y a flâné sans plan précis : les souks des parfumeurs, la rue des chéchias, la mosquée Zitouna dont on ne peut pas visiter l’intérieur mais dont la cour ouvre aux non-musulmans pour quelques dinars. Déjeuner dans un resto caché rue Sidi Ben Arous : tajine malsouka, salade méchouia, brik à l’œuf. Classique, excellent.

L’après-midi, direction le site archéologique de Carthage. Si tu t’attends à un Forum romain intact, tu seras déçu : le site est éclaté en plusieurs parcelles distantes (thermes d’Antonin, villas romaines, ports puniques). Le ticket groupé donne accès à tout, on a concentré sur les thermes d’Antonin et la colline de Byrsa pour la vue sur la baie. Trois heures y suffisent.

Fin de journée à Sidi Bou Saïd. Oui, c’est touristique. Oui, tout est bleu et blanc. Mais c’est touristique pour une raison : au coucher du soleil, vu depuis la terrasse du Café des Nattes, on comprend. On a dormi dans une maison d’hôtes en bas du village, moins chère qu’en haut. Dix minutes à pied pour remonter.

Astuce du jour. Ne sous-estime pas le trafic tunisois. On a mis 45 minutes pour faire 6 km au retour de Carthage. Prévois ta soirée en restant sur la côte nord, tu gagneras deux heures de sommeil.

Jour 2 — De Tunis à Kairouan, avec détour par Dougga

Départ 8 h. L’objectif : voir Dougga dans la lumière du matin avant la chaleur, puis rallier Kairouan pour la nuit.

Dougga est à 110 km à l’ouest de Tunis, accrochée à une colline du Haut-Tell. C’est le site romain le mieux conservé d’Afrique du Nord, inscrit à l’UNESCO, et on a été seuls pendant près d’une heure. Pas un car en vue. Le Capitole, le théâtre, les latrines (oui, on y va, on prend la photo, tout le monde le fait). Compte deux heures de visite. Un conseil : les pierres sont brutes, porte des chaussures qui tiennent.

130 km entre Dougga et Kairouan, qu’on a coupés par un arrêt déjeuner au Kef. Pas spectaculaire, mais sympa pour faire une pause.

Arrivée à Kairouan en fin d’après-midi. On a posé nos sacs dans une maison d’hôtes en pleine médina : tapis partout, patio intérieur, thé à la menthe avant même d’avoir défait la valise. Visite de la Grande Mosquée de Kairouan (Mosquée Oqba Ibn Nafi), quatrième ville sainte de l’Islam, fondée au VIIe siècle. La cour est ouverte aux non-musulmans jusqu’à 14 h. On l’a gardée pour le lendemain matin. Dîner de brochettes grillées dans un petit resto près du bassin des Aghlabides.

Jour 3 — Kairouan, El Jem et arrivée à Sousse

Visite de la Grande Mosquée à 9 h, quand la lumière rasante traverse la cour aux colonnes dépareillées. Elles viennent de Carthage, de Sousse, de partout. Les Aghlabides ont recyclé tout ce qui traînait. On a aussi fait le Mausolée du Barbier et les bassins des Aghlabides. Kairouan en une matinée, c’est serré mais faisable.

Route vers El Jem à midi. 70 km, une heure. Là, on ne triche pas : le Colisée d’El Jem est le troisième plus grand amphithéâtre romain conservé au monde, après Rome et Capoue. Et contrairement à Rome, on est presque seul sur les gradins. On est montés tout en haut des gradins, puis descendus dans les galeries souterraines par où passaient les gladiateurs. Les pierres sont lisses, polies par 1 800 ans de pas. C’est le genre d’endroit qu’on quitte à contrecœur.

Nuit à Sousse. La médina est classée UNESCO, le Ribat (forteresse) se visite, la vieille ville paraît moins mise en scène que Sidi Bou Saïd. Dîner de poisson grillé au bord de la mer. Si on avait eu une journée de plus, on aurait poussé jusqu’à Monastir voir le mausolée de Bourguiba, mais on a préféré partir tôt le lendemain.

Jour 4 — La grande traversée : Sousse → Tozeur

La plus longue journée de route. 410 km, en bonne partie en ligne droite à travers les plaines semi-arides du centre tunisien. L’autoroute A1 file jusqu’à Sfax (qu’on a contournée, rien de honteux à skipper Sfax quand on n’a que sept jours), puis on bascule sur la RN3 vers Gafsa, et enfin Tozeur.

Départ 7 h, arrivée à Tozeur vers 14 h avec deux arrêts café et un plein. On a vu le paysage changer à vue d’œil : les oliviers de Sfax d’abord, puis la steppe jaune, puis les premiers palmiers qui annoncent le Jérid. En six heures on traverse trois climats.

Tozeur, c’est le point de bascule. À partir d’ici, on n’est plus en Tunisie méditerranéenne, on est en Tunisie saharienne. La palmeraie compte plus de 200 000 palmiers et on s’y est baladés en calèche en fin d’après-midi. L’ancienne ville, Ouled el-Hadef, est faite de briques d’argile jaune assemblées en motifs géométriques. Un style qu’on ne voit nulle part ailleurs.

Le soir, on est sortis du centre pour aller voir le Chott El Jérid depuis la petite route qui le longe. Le lac de sel se teinte de rose au coucher du soleil. C’est 20 minutes de détour. On l’a fait deux fois, la même semaine.

Jour 5 — Oasis de montagne, Chott El Jérid et Douz

La journée la plus scénique du road trip. On commence par les trois oasis de montagne accrochées à la frontière algérienne : Chebika, Tamerza et Mides. Chebika d’abord, où une cascade tombe dans un canyon blanc. Improbable au milieu du désert. Tamerza ensuite, avec son village abandonné et ses thermes. Mides enfin, avec son canyon vertigineux dont Le Patient anglais a utilisé les paysages.

Compte une demi-journée pour les trois. Les routes qui les relient sont étroites mais goudronnées. Pas besoin de 4×4, une berline passe partout.

Déjeuner à Tozeur sur le retour, puis traversée du Chott El Jérid par la digue qui coupe le lac de sel en deux. 80 km de ligne droite entre deux étendues blanches. Des mirages, des dromadaires à l’arrêt, des bouteilles d’eau à vendre sur le bas-côté. Le passage est court, mais il fait partie des moments qui restent.

Arrivée à Douz, « porte du Sahara ». On a dormi dans un hôtel un peu kitsch mais confortable, avec piscine. Bienvenue après une journée à 35 °C. Le soir, balade aux abords de la ville : les premières vraies dunes commencent à la sortie. On a grimpé une dune pour regarder le soleil tomber. Silence total, sauf le vent qui déplace le sable à la crête. Ça valait les 400 km du matin.

Jour 6 — Matmata, Tataouine et les ksour berbères

Réveil tôt pour rentrer dans la boucle des ksour. La route Douz → Matmata passe par Kebili et longe le Chott El Fejej. 170 km, trois heures.

Matmata, c’est le village des habitations troglodytes. Les familles y vivent dans des maisons creusées à même le sol, autour de cours circulaires en plein ciel. On en a visité une qui accueille les curieux : la famille vit toujours dedans, on entre avec respect, on laisse un pourboire. Oui, George Lucas a tourné ici des scènes de Tatooine — le Hôtel Sidi Driss, où la famille Skywalker vit dans La Guerre des étoiles, est un vrai hôtel où tu peux dormir.

De Matmata, direction Tataouine, puis Chenini et Douiret. Ces deux derniers villages sont perchés au sommet de falaises abruptes, avec leurs ksour — greniers fortifiés berbères. Chenini est le plus célèbre : ruelles qui montent à pic, petite mosquée blanche, vue à couper le souffle sur la plaine. On y est restés jusqu’au coucher du soleil. Redescendre de nuit sur les pistes n’est pas la meilleure idée, donc on a dormi à Tataouine.

Le Ksar Ouled Soltane, au sud de Tataouine, vaut un détour matinal si tu as le temps : c’est le ksar le mieux conservé de la région, avec ses ghorfas (cellules de stockage) empilées sur quatre étages. 30 km aller-retour.

Jour 7 — De Tataouine à Djerba

Dernière journée. Tataouine → Djerba, 170 km, trois heures de route via Médenine. On rejoint l’île par la chaussée romaine d’El Kantara, qui relie le continent à Djerba depuis l’Antiquité : un pont-digue bas, surplombant une mer turquoise.

On a volontairement gardé Djerba pour la fin. Après le désert, les ksour, les oasis, Djerba c’est la décompression : palmeraies basses, plages de sable blanc, lumière plus douce. On a posé nos sacs à Houmt Souk, la capitale de l’île. La médina y est petite mais charmante, avec ses fondouks transformés en hôtels, ses souks de poterie et ses pêcheurs qui vendent le poisson du jour directement sur le port.

L’après-midi, direction Guellala au sud de l’île, le village des potiers. On y visite les ateliers creusés sous terre et on repart avec quelque chose, forcément. Puis plage. On a testé celle de Sidi Mahrez au nord : sable fin, eau claire, peu de monde hors saison.

Retour à l’aéroport de Djerba-Zarzis pour la restitution de la voiture. Vol du soir vers Tunis ou direct vers l’Europe selon la compagnie.

Ce qu’on a appris sur la route

Conduire en Tunisie. Les grands axes sont bons. Les ronds-points sont une expérience : il n’y a pas vraiment de priorité, c’est au plus courageux (ou au plus gros véhicule). On conduit calmement, on anticipe, et tout se passe bien. De nuit hors des villes, on évite : bétail sur la route, camions sans feux, piétons.

Les distances sont trompeuses. Sur la carte, 200 km paraissent rien. Sur la route, entre une nationale à 80 km/h, les villages traversés, les contrôles de gendarmerie, compter trois heures minimum. C’est pour ça qu’un itinéraire de sept jours reste confortable et qu’on déconseille de le comprimer en cinq.

Où manger. Les meilleurs repas ont été les plus simples : tajines dans les médinas, grillades en bord de mer, couscous familial dans les maisons d’hôtes. On évite les restaurants qui affichent « menu touristique » — on a été bien mieux servis là où il n’y avait pas de carte en français.

Saison idéale. De mi-mars à mi-mai, ou de mi-septembre à mi-novembre. Le Sud en été est épuisant, l’hiver casse les nuits au désert.

Payer en dinars ou en euros ? Les dinars, toujours. Un peu de change à l’aéroport à l’arrivée (pas trop, les distributeurs fonctionnent bien dans les villes). L’euro n’est accepté que dans les hôtels et certains souks, à un taux défavorable.

Questions fréquentes

Combien de kilomètres au total ?

Environ 1 500 km sur sept jours, soit 200-250 km par jour en moyenne, avec une grosse journée (J4) autour de 400 km.

Quelle voiture louer pour ce road trip ?

Une berline essence de catégorie B ou C suffit largement. Pas besoin de 4×4, même pour les oasis de montagne et la boucle des ksour. Toutes les routes empruntées sont goudronnées.

Est-ce sûr de conduire en Tunisie ?

Oui, dans les conditions décrites plus haut : de jour, sur les axes principaux, sans alcool, en restant humble dans les ronds-points. Les zones frontalières du Sud-Ouest près de l’Algérie sont à éviter, mais ne sont pas sur cet itinéraire.

Peut-on faire ce road trip en hiver ?

Oui, avec des nuits fraîches à Tozeur et Douz (5-10 °C). Les journées restent agréables (18-22 °C). C’est la meilleure saison pour éviter les foules et économiser sur l’hébergement.

Combien coûte un road trip de 7 jours en Tunisie ?

Hors vol, compte 500-700 € par personne à deux pour la semaine : voiture (180-250 €), essence (60-80 €), hébergement (200-300 €), repas (80-120 €), entrées des sites (40-60 €).

Peut-on partir de Djerba et finir à Tunis ?

Oui, l’itinéraire fonctionne aussi dans l’autre sens. L’avantage du sens Tunis → Djerba, c’est de garder la partie détente pour la fin.

Sept jours plus tard, à l’aéroport de Djerba-Zarzis, on a vidé le coffre et recompté les factures. 1 500 km, six nuits, cinq sites UNESCO, une restitution sans drame. On parlait déjà du prochain voyage : peut-être la boucle inverse, peut-être juste le Sud seul sur dix jours. La Tunisie ne se donne pas en une semaine, mais elle laisse une liste de raisons d’y revenir. Bon voyage.

Road trip en Tunisie

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