Escapade à Côme : culture, paysages et gastronomie italienne

Niché entre les contreforts alpins, le lac de Côme dessine un Y majestueux dans le paysage lombard. Ses rives escarpées, ponctuées de cyprès élancés et de villas pastel, racontent l’histoire d’une Italie aristocratique et pourtant profondément authentique. Ici, point de tapage touristique comme à Venise ou Florence – juste cette élégance discrète et cette douceur de vivre qui caractérisent la région depuis des siècles. Loin des clichés d’une Italie surpeuplée, Côme invite dans un refuge où culture, nature et gastronomie s’entremêlent dans un ballet parfaitement orchestré.

Côme

Comment se rendre à Côme depuis la France

Rejoindre les rives du lac depuis l’Hexagone demande un peu d’organisation, mais le résultat justifie l’effort. Depuis Paris, la liaison ferroviaire jusqu’à Milan constitue la première étape — environ 7h de trajet à bord d’un TGV ou d’un Trenitalia. Ces trains, plutôt confortables, traversent les Alpes via Turin, et présentent déjà un avant-goût des panoramas à venir.

Arrivé à Milan, la gare centrale propose des trains régionaux vers Côme. Ces convois, bien que moins rutilants que les TGV, ont le mérite de la fréquence — un départ toutes les heures environ. La campagne lombarde défile pendant quarante minutes, puis soudain, au détour d’une colline, le lac apparaît. Les voyageurs avisés choisissent les places côté fenêtre à gauche pour capturer les premiers reflets bleutés sans quitter leur siège.

Un billet de Milan à Côme coûte à peine 5 d’euros avec un trajet qui dure entre 40 mn et 60 mn. Les taxis depuis Milan, bien que disponibles, s’avèrent coûteux et guère plus rapides que le train compte tenu du trafic routier souvent congestionné.

Que voir et faire à Côme

Côme surprend d’abord par son centre historique médiéval, miraculeusement épargné par les guerres et la modernisation sauvage. Loin d’être un simple décor pour touristes, la Piazza del Duomo vibre au rythme des conversations des habitants qui s’y retrouvent en fin de journée. La cathédrale, fruit de quatre siècles d’efforts architecturaux, ne se laisse pas appréhender d’un seul regard. Sa façade raconte l’évolution des styles : gothique flamboyant pour les portails ; Renaissance pour les ornements supérieurs. Un détail étonnant : les gargouilles représentent des personnages locaux de l’époque, immortalisés dans la pierre par des artisans malicieux. Les tapisseries intérieures, la plupart du temps négligées par les visiteurs pressés, méritent pourtant qu’on s’y attarde — certaines comportent des éléments botaniques spécifiques au lac qui témoignent de l’environnement local du XVIe siècle.

Le funiculaire pour Brunate, relique d’une époque où la Belle Époque transformait la région, n’a rien perdu de son charme désuet. Cette machinerie de 1894, entretenue avec une minutie toute suisse, s’accroche à la pente à 16 degrés et dévoile progressivement un panorama que même les photographes professionnels peinent à capturer dans son immensité. Les locaux l’appellent affectueusement « la funicolare della nonna » (le funiculaire de grand-mère), car nombre d’entre eux se souviennent y avoir été emmenés enfants par leur aïeule pour le traditionnel gelato dominical au sommet.

Pour rejoindre Bellagio depuis Côme, oublier la voiture. Les bateaux de la Navigazione, ces vénérables embarcations au bois verni et aux cuivres astiqués. Durant les 50 minutes de traversée, le capitaine ralentit stratégiquement à l’approche des villas les plus spectaculaires, tradition non écrite mais respectée depuis des générations. Bellagio, coincée entre ciel et eau à la jonction des trois branches du lac, ne ressemble à aucun autre lieu. Ses ruelles en escalier, ses glycines centenaires et ses échoppes d’artisans ont résisté au temps et aux modes.

En face, Varenna reste préservée du tourisme de masse. Les habitants y jouent encore aux cartes sur la place centrale, quand les cafés servent un espresso parfait aux rares visiteurs. Par temps couvert, sa promenade au bord de l’eau — « la passeggiata degli innamorati » — prend des allures romantiques, surtout lorsque le soleil perce les nuages et embrase les montagnes environnantes.

Parmi les villas historiques, deux méritent particulièrement le détour. La Villa Carlotta à Tremezzo impressionne par ses jardins botaniques où prospèrent plusieurs variétés distinctes de camélias. Quant à la Villa Balbianello, ses terrasses en surplomb ont servi de décor à plusieurs productions hollywoodiennes, dont Casino Royale.

La gastronomie locale

La cuisine du lac de Côme, à l’image de ses paysages, marie simplicité et raffinement. Ici, pas de fioritures inutiles — juste des produits d’exception magnifiés par des préparations séculaires. Dans les trattorias authentiques, comme celle tenue par la famille Valli à Dongo, le lavarello constitue une spécialité incontournable. Ce poisson blanc délicat, pêché chaque matin dans les eaux du lac, se prépare traditionnellement grillé sur des sarments de vigne avec un trait d’huile d’olive locale et quelques feuilles de sauge fraîche. Le missoltino représente une autre spécialité ancestrale : l’agone séché puis pressé avec du laurier — un goût puissant qui accompagne parfaitement la polenta.

Le risotto al pesce persico figure sur la carte de nombreux établissements. La perche du lac, à la chair délicate, s’y marie parfaitement avec le riz crémeux. La polenta uncia — version enrichie de beurre et de fromage local — constitue le plat réconfortant par excellence lors des journées plus fraîches.

En outre, les oratoires, ces petits édifices religieux disséminés dans la campagne, abritent souvent des vignobles confidentiels qui produisent des vins rouges corsés à base de Nebbiolo ou des blancs aromatiques issus du cépage Verdese. Ces nectars, rarement exportés, méritent d’être découverts sur place, idéalement accompagnés de fromages locaux comme le semuda ou le casoretta.

Conseils pratiques

La période idéale pour découvrir le lac s’étend de mi-avril à juin, puis de septembre à mi-octobre. La lumière y est alors douce, la végétation luxuriante et la foule estivale absente. Les températures, qui oscillent entre 18 et 25°C, sont parfaites pour les explorations.

Pour l’hébergement, les options abondent, mais diffèrent considérablement en caractère et en prix. Les palaces historiques comme le Grand Hotel Tremezzo proposent une expérience somptueuse, à condition d’y mettre le prix. À l’autre bout du spectre, les agriturismo des collines environnantes séduisent avec une immersion authentique dans le quotidien lombard, agrémentée de tables d’hôtes qui mettent à l’honneur les produits de la ferme.

De plus, la navigation constitue l’épine dorsale des déplacements locaux. La compagnie Navigazione Lago di Como opère un réseau dense de ferries et d’hydroglisseurs qui relient les principales localités. Un pass journalier (environ 15 euros) permet de monter et descendre à volonté : une option particulièrement intéressante pour explorer plusieurs villages en une journée.

Sur terre, les routes étroites et sinueuses découragent la conduite, surtout pour les non-initiés. Les bus locaux offrent une alternative économique, bien que moins flexible que les bateaux. Pour les sportifs, la location de vélos électriques donne la possibilité d’affronter les dénivelés sans s’épuiser, notamment sur la Greenway qui serpente sur 10 kilomètres entre Colonno et Griante.

Conclusion

Le lac de Côme révèle ses trésors à qui sait prendre le temps. Derrière chaque détour peut se cacher une chapelle romane aux fresques séculaires ou une cour fleurie où des habitants partagent un verre de vin local. C’est peut-être cela, la magie du lac de Côme : cette Italie du Nord accessible en une journée depuis la France, mais qui semble appartenir à un autre temps. Stendhal écrivait que « la beauté n’est que la promesse du bonheur ». Sur les rives de ce lac, cette promesse semble tenue à chaque instant.

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