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Phare de Ploumanac’h : histoire, granit rose et noms des rochers

Sébastien Joumel · novembre 4, 2026 · 14 min de lecture
Phare de Ploumanac’h : histoire, granit rose et noms des rochers
Le phare de Mean Ruz au crépuscule. Photo : Stephan Sprinz, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Photo : Stephan Sprinz, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Le phare de Ploumanac’h, dit phare de Mean Ruz, est une tour de 15 mètres en granit rose, reconstruite après-guerre à la place du phare de 1860, détruit par les troupes allemandes le 4 août 1944, et rallumée en 1948. Il ne se visite pas à l’intérieur, mais on l’approche librement et gratuitement par le sentier des douaniers, à Perros-Guirec. Autour de lui s’étend un chaos de blocs de granit vieux d’environ 300 millions d’années, dont les plus célèbres portent des noms : le Chapeau de Napoléon, la Bouteille renversée ou la Sorcière.

Vérifié le 4 novembre 2026 : histoire, dimensions et propriétaire du phare (Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA22007133 ; office de tourisme de Perros-Guirec) ; formation du granit et noms des rochers (exposition « L’origine du granite rose » de la Maison du Littoral et de la Société géologique et minéralogique de Bretagne) ; statut et géologie du site (fiche BRE0005, SGMB 2018, DREAL Bretagne) ; conseils de lumière (office de tourisme) ; message du Chapeau de Napoléon (plaque commémorative près de la plage Saint-Guirec ; récits de la Libération en Bretagne).

Le phare et ses rochers forment le cœur du site de Ploumanac’h, inscrit à l’inventaire national du patrimoine géologique pour sa « rareté nationale ». Voici leur histoire, leur formation, leurs noms et les meilleures heures pour les voir.

Le phare de Mean Ruz en bref

Question Réponse
Nom Phare de Ploumanac’h, dit phare de Mean Ruz, transcription du breton maen ruz, « pierre rouge », du nom du rocher qui le porte
Hauteur Tour de 15 m, posée sur un rocher : le phare culmine à 26 m au-dessus de la mer selon l’Inventaire
Construction Premier phare allumé le 1er août 1860 ; phare actuel construit en 1947, nouveau feu allumé en octobre 1948
Matériau Moellons de granit rose de Ploumanac’h, laissés apparents
Propriétaire L’État ; le phare est toujours en service
Visite Extérieur seulement, accès libre et gratuit ; intérieur fermé au public
Accès À pied par le sentier des douaniers ; le rocher du phare est relié au chaos par un petit pont

L’histoire du phare de Ploumanac’h, de 1860 à 1948

Tout commence par un naufrage. En 1855, un bateau pilote se perd à l’entrée de Ploumanac’h. L’année suivante, des habitants de Perros-Guirec et de Trégastel demandent au préfet un petit feu pour signaler la passe du port, que les pêcheurs franchissent de nuit. Un premier projet le place à Castel Braz, au-dessus de la plage de la Bastille ; la commission nautique lui préfère, à l’unanimité, le rocher de Mean Ruz.

La tour du phare de Mean Ruz et le petit pont de granit qui la relie aux rochers, au coucher du soleil
Le phare et le pont qui le relie au chaos. Photo : Einaz80, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Photo : Einaz80, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le rocher est arasé, et une tourelle carrée de 8,90 m, blanchie à la chaux, s’allume le 1er août 1860 : un feu fixe rouge, au pétrole. L’État achète le terrain et un droit de passage, d’où le pont de granit qui relie toujours le rocher à la côte. En 1879 s’y ajoutent une fontaine et un magasin à huile pour les gardiens.

Un couple de gardiens

L’Inventaire du patrimoine a gardé quelques noms. Parmi les derniers gardiens de l’ancien phare, jusqu’en 1945, figure Pierre Menguy, en poste avec sa femme Radegonde, née Colin. C’est elle, précise l’Inventaire, qui était « gardienne en titre » ; elle avait auparavant été affectée au phare de Bréhat, à partir de 1902. En 1921, le feu passe à des secteurs blanc et rouge : sa couleur change selon la direction d’où le marin le voit, ce qui lui indique s’il est dans la bonne passe.

Le 4 août 1944, puis la tour de granit rose

En se retirant, le 4 août 1944, les troupes allemandes font sauter le phare. Une tourelle métallique provisoire prend le relais. La tour actuelle est construite après la guerre, par l’entreprise Martin et Frères de Lannion, sur les plans des architectes Auffret et Hardion. Le site ayant été protégé peu avant la guerre, selon l’Inventaire, l’architecte travaille avec les Beaux-Arts. Le résultat : une tour pyramidale en moellons de granit rose laissés apparents, du granit rose de La Clarté selon l’office de tourisme. Le chantier date de 1947, et le nouveau feu s’allume en octobre 1948.

À l’intérieur, l’escalier hélicoïdal en béton est habillé de granit. L’Inventaire mentionne « la participation de l’artiste Odorico pour les mosaïques intérieures », et confie à l’entreprise rennaise Odorico et Baudoux l’habillage des marches et du dallage d’entrée. Vous ne les verrez pas : ce sont sans doute les mosaïques les mieux gardées de Ploumanac’h. Aujourd’hui, son feu, électrifié par une ligne souterraine, fonctionne sans gardien.

Peut-on visiter le phare ? Non, mais voici quoi faire

Le phare appartient à l’État, il fonctionne toujours, et son intérieur n’est pas ouvert au public. On en fait le tour par l’extérieur, en restant sur les cheminements : la Maison du Littoral a posé des clôtures basses autour du phare pour protéger les pelouses littorales. Trois façons d’en savoir plus que la façade :

  • La Maison du Littoral, juste en face, et son exposition sur la géologie et l’histoire du site.
  • Les sorties accompagnées : le 21 octobre 2026, par exemple, l’association Escapade Glaz a proposé au départ de la plage Saint-Guirec une balade contée au crépuscule sur les gardiens de phare, « Un éclat dans la nuit », à 12 €, sur réservation à l’office de tourisme (annonce parue dans Unidivers ; dates 2027 à suivre). La Maison du Littoral programme aussi des balades nature : consultez l’agenda trimestriel de l’office de tourisme.
  • La vue d’en face : depuis le sentier, on cadre la tour avec, à l’horizon, l’archipel des Sept-Îles, réserve d’oiseaux marins que l’on approche en bateau (voir notre guide de l’excursion aux Sept-Îles).

Pour y aller, le phare se trouve côté Ploumanac’h sur le sentier des douaniers entre Trestraou et Ploumanac’h : distances, parkings, navettes et accessibilité y sont détaillés. Les parkings les plus proches, Pors Kamor et le Sémaphore, étaient payants du 28 mars au 1er novembre en 2026.

Comment s’est formé le chaos de granit rose

Le granit de Ploumanac’h est né il y a environ 300 millions d’années, à quelques kilomètres sous terre. Du magma s’est infiltré dans un socle bien plus ancien (600 millions à 2 milliards d’années) et a refroidi lentement, sans jamais atteindre la surface. L’exposition de la Maison du Littoral y insiste, point d’exclamation compris : le granit n’est pas une roche volcanique, contrairement à une idée répandue. C’est l’érosion qui l’a dégagé, bien plus tard.

Amas de blocs arrondis de granit rose sur l'estran de Ploumanac'h, sous un ciel nuageux
Les boules de granit rose de Ploumanac'h. Photo : Giorgio Galeotti, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons. Photo : Giorgio Galeotti, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Le granit est fait de trois minéraux. Le quartz, gris et translucide, qui ressemble à du gros sel ; le mica, en paillettes noires et brillantes ; et le feldspath, en gros cristaux roses colorés par des oxydes de fer. C’est lui qui donne sa couleur à la roche. En réalité, trois arrivées successives de magma ont formé le massif, disposé en auréoles : le granit rose à gros grain forme la couronne extérieure, à Ploumanac’h ; des granits plus fins, puis gris-bleuté, occupent l’intérieur, entre Trégastel, Trébeurden et l’Île-Grande.

Des fissures aux boules

En refroidissant, le granit se fissure en un réseau de fractures, les diaclases, qui le découpent en gros pavés. Pendant des millions d’années, l’eau douce s’y infiltre, altère la roche, arrondit les angles. On obtient des boules de granit sain, noyées dans du granit décomposé en sable grossier, l’arène. Quand l’arène est emportée, les boules restent : certaines atteignent plusieurs milliers de mètres cubes.

L’ère glaciaire a fini le travail

Il y a 18 000 ans, au cœur de la dernière glaciation, la mer était 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui : la Manche était à sec, parcourue par la Seine, qui s’y prolongeait. Le climat breton était sibérien. Le gel et le dégel ont fait éclater les roches fissurées et désagrégé le granit de surface. Quand la mer est remontée, elle a balayé l’arène, qui a donné le sable des plages, et dégagé les boules que vous voyez.

Cuvettes, rigoles et encoches

Les creux ronds remplis d’eau au sommet des rochers sont des cuvettes : le sel des embruns s’y cristallise, fait éclater les minéraux et creuse la pierre. Elles se forment en quelques milliers d’années tout au plus, une broutille à l’échelle du granit. Leur trop-plein dessine des rigoles. Les encoches horizontales au pied de certains blocs, elles, viennent de l’ancien sol : les acides des végétaux en décomposition ont rongé la roche pendant des dizaines de milliers d’années.

Granit ou granite ?

Les deux s’écrivent. Pour les géologues, le granite est une roche magmatique précise ; pour les carriers, le granit désigne toute pierre dure qui se taille, au point que le « petit granit » de Belgique est un calcaire. À Ploumanac’h, le granit des carriers est un granite des géologues : la Maison du Littoral accepte donc les deux orthographes, et nous aussi.

Les noms des rochers de Ploumanac’h

Ploumanac’h a la toponymie d’un livre de contes. Promeneurs et éditeurs de cartes postales ont baptisé les blocs d’après leur silhouette. Les Archives départementales des Côtes-d’Armor conservent des séries de cartes du début du XXe siècle intitulées « Rochers étranges » ou « Rochers bizarres » : la Bouteille, le Lièvre, la Torpille, les « Rochers monstres ».

Rocher de granit rose aux formes arrondies, dit la Sorcière, sur le sentier de Ploumanac'h
Le rocher dit la Sorcière, sur le sentier de Ploumanac'h. Photo : Pierre André Leclercq, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Photo : Pierre André Leclercq, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

L’exposition de la Maison du Littoral sur le granit rose, qui couvre le massif de Ploumanac’h à Trébeurden, illustre ces noms :

Rocher Où le chercher
Le Chapeau de Napoléon Du côté de l’anse Saint-Guirec : une carte postale ancienne le situe « dans la propriété Eiffel »
Louis XI Au Squewel : un profil « balafré » par un filon de granit très fin
La Sorcière Pointe de la Sorcière, sur le sentier (panneaux de la Maison du Littoral)
La Bouteille renversée Ploumanac’h, cité par l’office de tourisme : renseignez-vous à la Maison du Littoral pour le repérer
Les Fiancés du phare, la Tête de mort, la Patte d’éléphant, la Coquille Saint-Jacques, la Vague, le Roi déchu, le Sabot renversé, la Tête de bélier, la Tête de dauphin, la Guérite des amoureux, le Champignon Quelque part dans le massif, de Ploumanac’h à Trébeurden : l’exposition les illustre, à vous de les retrouver

Ces noms ne sont pas officiels, et les guides ne s’accordent pas toujours sur le rocher qu’ils désignent. C’est le principe. Le meilleur endroit pour savoir lequel est lequel reste la Maison du Littoral, et le meilleur jeu avec des enfants consiste à baptiser ceux qui n’ont pas encore de nom.

Le Chapeau de Napoléon et la BBC

Le plus connu a aussi une belle histoire de guerre. Une plaque commémorative, près de la plage Saint-Guirec, rappelle qu’en 1944 la BBC aurait lancé depuis Londres le message « Le Chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros-Guirec ? » à l’intention des équipes Jedburgh (de petites équipes alliées parachutées pour encadrer la Résistance), pour déclencher le soulèvement des maquis bretons. Plusieurs récits de la Libération en Bretagne le datent du 3 août 1944. Si la question était codée, la réponse, elle, ne faisait pas de doute : un rocher de cette taille ne déménage pas.

Des peintres aux carriers : le granit rose en vedette

À la fin du XIXe siècle, les peintres découvrent ces rochers : la Ville de Perros-Guirec conserve « Les rochers roses, Ploumanac’h » de Conrad Kickert, peint en 1913, la même année que les « Maisons dans les rochers à Ploumanac’h » d’Henri Le Fauconnier. Au même moment, on taille le granit à même le littoral, où des traces d’extraction restent visibles. Un Syndicat artistique de protection des sites pittoresques de Ploumanac’h obtient que l’exploitation recule dans des carrières, ouvertes à La Clarté à partir de 1902.

Le granit rose, vendu sous le nom de « Rose de La Clarté », part alors pour les trottoirs, les façades et les monuments funéraires d’Europe et du monde : San Francisco, Los Angeles, Hong Kong, Fukuoka ou Yaoundé, selon l’exposition de la Maison du Littoral. La chapelle Notre-Dame de la Clarté, voisine des carrières, figure dans notre page que faire à Perros-Guirec.

Quand venir : la lumière, les marées et la photo

Le granit change de couleur avec la lumière. En plein midi d’été, il vire au beige ; aux heures dorées, juste après le lever et avant le coucher du soleil, il passe au rose franc, puis à l’orangé. Les deux départs conseillés par l’office de tourisme, le Sémaphore à l’aube et le port au couchant, sont détaillés dans notre guide du sentier ; retenez qu’au coucher du soleil, selon l’office, le phare « prend ses plus belles couleurs ».

  • En été, le soleil se couche au nord-ouest, côté mer : le phare et les blocs se détachent sur un ciel orangé.
  • En hiver, le soleil se couche plus au sud-ouest, derrière les terres : la lumière rasante du milieu d’après-midi suffit à rosir les rochers, et vous serez presque seul.
  • Les marées changent le décor : à marée haute, la mer bat les blocs au pied du phare ; à marée basse, l’estran découvre les boules et les encoches. Consultez l’annuaire des marées du SHOM pour Perros-Guirec avant de choisir votre heure.

Le ciel change vite : arrivez en avance et prévoyez une frontale pour le retour. Pour la photo, restez sur les blocs secs et loin du bord quand la mer est forte : une vague sur du granit mouillé ne prévient pas.

Les conseils des habitués

  • Le phare se photographie mieux de loin. Au pied de la tour, vous n’avez qu’un mur de granit ; quelques dizaines de mètres en arrière sur le sentier, vous avez la tour, le chaos et la mer dans le même cadre.
  • Regardez les rochers de près, pas seulement de loin. Le granit de Ploumanac’h est un granit à gros cristaux : posez la main sur un bloc sec, et vous distinguerez à l’œil nu le feldspath rose, le quartz gris et les paillettes de mica.
  • Cherchez Louis XI au Squewel. Son profil est barré par un filon de granit plus fin, que l’exposition de la Maison du Littoral compare à une balafre. Pour une fois, la ressemblance a une explication géologique.

Pour replacer Ploumanac’h dans l’ensemble de la côte, de Trébeurden à Perros-Guirec, voyez notre guide de la Côte de Granit Rose en un à trois jours.

Questions fréquentes

Peut-on visiter le phare de Ploumanac’h ?

Non, l’intérieur du phare, propriété de l’État et toujours en service, n’est pas ouvert au public. On l’admire librement et gratuitement de l’extérieur, depuis le sentier des douaniers.

Comment s’appelle le phare de Ploumanac’h ?

Phare de Mean Ruz, transcription du breton maen ruz, « pierre rouge », du nom du rocher sur lequel il est construit.

Pourquoi le granit de Ploumanac’h est-il rose ?

À cause de ses gros cristaux de feldspath, colorés par des oxydes de fer. Le granit contient aussi du quartz gris et du mica noir.

Quel âge ont les rochers de Ploumanac’h ?

Le granit s’est formé il y a environ 300 millions d’années ; ses formes arrondies ont été dégagées par l’érosion, notamment pendant et après la dernière glaciation.

Où voir le Chapeau de Napoléon ?

Du côté de l’anse Saint-Guirec, à Ploumanac’h ; une carte postale ancienne le situe « dans la propriété Eiffel ». Selon une plaque commémorative, son nom aurait servi de message codé de la BBC à la Résistance en 1944.

Pour aller plus loin

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Sébastien Joumel

Passionné de voyage, Sébastien Joumel signe les guides, comparatifs et bons plans d'Allovoyages : destinations en France et à l'étranger, séjours, budgets et conseils pratiques.

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