Cinq mille huit cents kilomètres carrés de sel et d’argile, traversés par une seule route. Le chott el-Djérid commence aux portes de Tozeur, et l’UNESCO prévient qu’il est « fort dangereux » de s’en écarter.
Tozeur est une ville de brique et de palmes. Au sud-ouest de la Tunisie, entre le grand lac salé du chott el-Djérid et les premiers reliefs de la frontière algérienne, elle s’est construite autour d’une oasis de plusieurs centaines de milliers de palmiers-dattiers, selon l’office national du tourisme. C’est la capitale du Djérid, le pays des dattes deglet nour, et l’une des plus belles portes du Sahara tunisien.
Elle a aussi une place à part dans l’histoire du cinéma. À quelques dizaines de kilomètres, près de Nefta, le décor de Mos Espa, la ville de Tatooine construite pour Star Wars, épisode I, tient toujours debout au milieu des dunes. Et la ville a vu naître, en 1909, le poète Aboul-Qacem Chebbi, dont les vers sont entrés dans l’hymne national tunisien.
Mais le Djérid touche aussi à des zones que France Diplomatie juge sensibles. La fiche Tunisie, mise à jour le 15 septembre 2026, rappelle que les déplacements dans les zones frontalières et désertiques sont formellement déconseillés, et que la région saharienne proche de l’Algérie est une zone militaire. Ce guide vous dit ce qui se visite depuis Tozeur, et ce qui demande de vérifier la carte avant de partir.
La médina d’Ouled el-Hadef, un décor de briques
Le vieux quartier d’Ouled el-Hadef est la meilleure raison de flâner à Tozeur. Ses façades sont couvertes de briques blondes posées en relief, qui dessinent des losanges, des chevrons et des motifs géométriques que l’aviation civile tunisienne compare aux tatouages berbères. Les ruelles se resserrent, passent sous des voûtes et des passages couverts, débouchent sur de petites places où l’ombre est précieuse.
Venez tôt le matin ou en fin d’après-midi, quand la lumière rasante fait ressortir chaque brique. On y trouve aussi une inscription arabe du XIVe siècle, et plusieurs maisons anciennes ont été restaurées. En sortant du quartier, les rues mènent directement vers la palmeraie.

La palmeraie, les seguias et les dattes
L’oasis de Tozeur ne se contemple pas depuis un belvédère, elle se parcourt, à pied, à vélo ou en calèche. Sous les palmiers poussent sur plusieurs étages des arbres fruitiers, des grenadiers, des légumes. L’eau circule dans un réseau de petits canaux, les seguias, dont la tradition attribue l’organisation à un savant du XIIIe siècle, Ibn Chabbat : le partage de l’eau entre les parcelles s’y mesurait au temps.
La datte reine est la deglet nour, « doigt de lumière », translucide et mielleuse. La récolte a lieu en automne, et c’est la meilleure saison pour en goûter de fraîches dans les échoppes de la ville.

Aux abords de la palmeraie, le musée Dar Cheraït, ouvert en 1990, présente dans une grande demeure les arts et traditions tunisiens, et accueille des rencontres littéraires lors du festival des oasis. On y passe une heure à l’ombre, ce qui n’est pas rien l’après-midi.
Le chott el-Djérid, la route à travers le sel
À l’est de Tozeur s’étend le chott el-Djérid, le plus grand lac salé du Sahara tunisien. Selon sa fiche sur la liste indicative de l’UNESCO, déposée par la Tunisie en 2008, il couvre 586 187 hectares dans les gouvernorats de Tozeur et de Kébili. Ce n’est presque jamais un lac : ce sont des sédiments argileux recouverts de croûtes de sel et de gypse, rarement en eau.
Une seule route le traverse, sur à peu près 80 kilomètres, entre Tozeur et la région de Kébili et Douz. La traversée est un moment à part : un horizon parfaitement plat, blanc, rose ou gris selon l’heure, où la chaleur fait trembler l’air et les distances. Arrêtez-vous sur les aires aménagées, et respectez la mise en garde de l’UNESCO : ne quittez pas la route. Sous la croûte, le sol peut céder. Le char à voile et le speed-sail s’y pratiquent en revanche avec des prestataires encadrés.

Nefta, la ville des saints et sa corbeille
À une vingtaine de kilomètres à l’ouest, Nefta est la ville soufie du Djérid. L’office du tourisme évoque ses innombrables coupoles, tombeaux et sanctuaires de saints. Sa palmeraie s’étend au fond d’une cuvette appelée la Corbeille, que l’on découvre d’en haut depuis le rebord de la ville : une tache verte dans un paysage minéral.

Au-delà de Nefta commencent les dunes, à quelques kilomètres seulement. C’est là que se trouvent les décors de Star Wars, et là aussi que l’on se rapproche de la frontière algérienne.
Mos Espa et les décors de Star Wars
Le site d’Ong Jmel, près de Nefta, abrite le décor de Mos Espa, la ville de Tatooine construite pour La Menace fantôme, tourné en 1997 et sorti en 1999. Des dômes blancs, des murs arrondis, des ouvertures rondes : tout est faux, et tout fonctionne encore parfaitement à l’écran de votre téléphone.

Les dunes, elles, avancent. Une étude publiée en 2013 dans la revue Geomorphology a mesuré la progression d’une barkhane d’environ 15 mètres par an vers le décor, et certains prédisaient alors son ensevelissement en quelques années. Ce n’est pas arrivé. En février 2026, le quotidien La Presse décrivait des décors « régulièrement restaurés », à l’approche d’une opération de l’office du tourisme pour les cinquante ans du premier tournage de la saga en Tunisie.
Avant d’y aller, un point que nous ne pouvons pas passer sous silence. Ong Jmel se trouve à une quarantaine de kilomètres de la frontière algérienne, selon l’AFP. La fiche de France Diplomatie ne cite pas le site nommément, et sa carte des zones de vigilance doit être consultée avant tout déplacement vers ce secteur. En cas de doute, renoncez, ou passez par un prestataire local reconnu qui connaît les autorisations en vigueur.
Les oasis de montagne : Chebika, Tamerza, Midès
Au nord-ouest de Tozeur, les oasis de montagne sont un autre monde. À Chebika, un oued dévale en cascades entre les roches ocre, sous le vieux village abandonné. À Tamerza, le village ancien est à l’abandon « tel un village fantôme », écrit l’office du tourisme, et une haute cascade coule au fond de la gorge. Midès, enfin, est perchée au bord d’un canyon vertigineux.
Ces paysages sont superbes, et ils sont proches de la frontière algérienne, Midès et Tamerza en particulier. Là encore, vérifiez la couleur de la zone sur la carte de France Diplomatie avant de partir, circulez de jour, et ne sortez pas des routes. La fiche recommande d’ailleurs de privilégier l’avion pour rejoindre les zones touristiques du sud-ouest, et déconseille fortement la circulation de nuit.

Festivals du Djérid et du Nefzaoua
La fin d’année est la saison des festivals du désert. Le festival international des oasis de Tozeur a tenu sa 45e édition du 27 au 30 décembre 2024, avec des défilés, des spectacles et des rencontres littéraires. De l’autre côté du chott, le festival international du Sahara de Douz, le plus célèbre du sud tunisien, doit tenir sa 58e édition du 19 au 22 décembre 2026, selon la presse tunisienne : confirmez les dates avant de réserver. Et dans les dunes d’Ong Jmel, Les Dunes électroniques, festival de musique électronique créé en 2014, ont réuni plus de 5 000 participants lors de leur relance en 2019.
Deux jours à Tozeur, sans courir
Le premier matin, entrez dans la médina à l’heure où les commerçants ouvrent. Deux heures suffisent, mais prenez-en trois. À midi, déjeunez à l’ombre, puis passez l’après-midi dans la palmeraie, à pied ou en calèche, jusqu’au coucher du soleil.
Le lendemain, partez tôt vers le chott. Le lever du jour sur le sel est un spectacle bref : une demi-heure de couleurs, puis la lumière écrase tout. Au retour, faites halte à Nefta pour la Corbeille et ses coupoles. Gardez la fin de journée pour Dar Cheraït, ou tout simplement pour un thé en terrasse, face aux palmes. Le reste du séjour dépendra de ce que dit la carte de France Diplomatie pour les oasis de montagne et Ong Jmel.
Quand partir à Tozeur
Tozeur est l’une des destinations les plus chaudes de notre comparateur en été. Les relevés de la station météo de l’aéroport de Tozeur-Nefta entre 2011 et 2025 donnent 41 °C de maximale moyenne en juillet, 39,9 °C en août, 38 °C en juin, avec des nuits qui restent au-dessus de 27 °C. France Diplomatie signalait en septembre 2026 de fortes chaleurs, avec des coupures d’électricité et d’eau possibles.
En hiver, la région devient douce : 17,8 °C l’après-midi en janvier, 18,7 °C en décembre, mais des nuits fraîches, de 7 à 8 °C. C’est la saison des festivals, et la meilleure pour marcher.
Au printemps et à l’automne, les maximales passent de 23,6 °C en mars à 32,8 °C en mai, et de 30,4 °C en octobre à 23,6 °C en novembre. Mars-avril et octobre-novembre sont nos périodes préférées : assez chaud pour le désert, assez frais pour la médina et la palmeraie, et les dattes fraîches en automne. Il ne pleut quasiment pas, 14 millimètres au plus sur un mois.
Venir et se déplacer
Transavia a ouvert en 2023 une ligne directe entre Paris-Orly et l’aéroport international de Tozeur-Nefta, toujours desservi pendant l’hiver 2025-2026 : vérifiez la programmation pour vos dates, la ligne étant saisonnière. Sinon, Tunisair Express relie Tunis à Tozeur, et Tozeur se trouve à environ 450 kilomètres de la capitale par la route.
Depuis le 1er janvier 2025, le passeport est obligatoire pour tous les visiteurs, y compris en voyage organisé ; il doit être valable au moins trois mois à la date d’entrée. Aucun visa n’est demandé pour un séjour de moins de trois mois. Le dinar tunisien ne peut être ni importé ni exporté : changez sur place, gardez vos reçus, et déclarez à l’entrée les devises en espèces. Les drones sont soumis à une autorisation préalable, et le camping sauvage est interdit.
Tozeur en pratique
- Combien de jours : trois jours pour la médina, la palmeraie, le chott el-Djérid et Nefta ; un de plus pour les oasis de montagne, après vérification des consignes de sécurité.
- Formalités : passeport obligatoire depuis le 01/01/2025, valable 3 mois à l’entrée ; pas de visa sous 3 mois.
- Sécurité : zones frontalières et désertiques formellement déconseillées ; consulter la carte de France Diplomatie avant Ong Jmel, Tamerza ou Midès ; pas de route de nuit ; ne pas quitter la route du chott.
- Argent : dinar tunisien, non convertible, interdit à l’import et à l’export ; 1 € = 3,37 dinars au cours de la Banque centrale de Tunisie du 15 septembre 2026.
- Climat : 17,8 °C en janvier, 28,1 °C en avril, 41 °C en juillet, 30,4 °C en octobre (maximales moyennes 2011-2025).
- Meilleures périodes : mars-avril et octobre-novembre ; décembre pour les festivals.
- Accès : vol direct saisonnier Paris-Orly-Tozeur ; sinon via Tunis.
Tozeur n’a pas la mer, et c’est ce qui la rend précieuse. Elle offre ce que les stations du littoral tunisien ne donnent pas : une ville de brique sculptée, une oasis où l’eau se partage encore au rythme des canaux, et au bout de la route un désert de sel où l’horizon disparaît. En gardant un œil sur la carte, c’est l’un des plus beaux voyages que l’on puisse faire en Tunisie.
Pour aller plus loin
Sources officielles
- France Diplomatie : Tunisie, sécurité et carte des zones (mise à jour du 15/09/2026)
- France Diplomatie : Tunisie, entrée et séjour
- UNESCO, liste indicative : chott el-Djérid
- Office national du tourisme tunisien : canyons et oasis
- Douane tunisienne : devises et change
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Ce guide fait partie de notre série « que faire à… ».