Quand on cherche quoi faire en Lorraine, on tombe sur Nancy, Metz, les Vosges et, si l’on creuse, sur la route des vins de Moselle. On ne tombe jamais sur la Moselle-Est.
C’est logique : cette pointe du département, collée à la Sarre, n’a jamais eu de tourisme de séjour. Elle a eu du charbon, des usines, des frontières et des guerres. Ce qu’elle offre aujourd’hui à un visiteur n’entre dans aucune case des brochures régionales — et c’est exactement pour cela qu’un week-end y est intéressant.
Voici comment nous l’organiserions, avec les distances, les horaires et les réserves à connaître.
Pourquoi c’est facile à faire en deux jours
Tout est à moins de vingt minutes de tout. Petite-Rosselle est à six kilomètres de Forbach, Spicheren à sept, Schoeneck à moins de dix, Sarrebruck à une dizaine. On ne perd pas de temps sur la route.
On y arrive en train. La gare de Forbach est desservie par les TGV et ICE de la ligne Paris-Francfort — environ 1 h 40 depuis Paris, deux heures depuis Francfort — et par les TER depuis Metz en une cinquantaine de minutes. Sarrebruck est à neuf minutes.
On peut s’y passer de voiture. Des vélos à assistance électrique se louent en gare de Forbach, et le territoire est traversé par un réseau cyclable transfrontalier.
Jour 1 — Le charbon
Matin : le Parc Explor Wendel, à Petite-Rosselle

Commencez par là, pour trois raisons : c’est le site le plus dense, il demande près de trois heures, et il est couvert — donc insensible à la météo.
Sur une centaine d’hectares, l’ancien carreau minier est resté debout : quatre chevalements, deux lavoirs à charbon, deux bassins de décantation, un terril, dix kilomètres de voies ferrées.
La visite se fait en deux temps : le Musée Les Mineurs Wendel, mille huit cents mètres carrés et plus de cent soixante objets, avec la salle des pendus, la lampisterie et les témoignages sonores d’anciens mineurs ; puis La Mine Wendel, reconstitution de galeries construite en 2006, avec ses machines d’abattage authentiques.
Ouverture du mardi au dimanche toute l’année, de 10 heures à 18 heures. Tarifs 2026 : quinze euros plein tarif, treize en tarif réduit, sept euros cinquante pour un enfant de six à quinze ans, gratuit avant cinq ans, le billet du musée incluant La Mine. Réservation fortement conseillée, par téléphone ou par courriel. Attention : La Mine ne se visite qu’en visite guidée, avec des départs à 11 heures, 14 h 30 et 16 h 15. Parc Explor Wendel : visite, tarifs et horaires
Déjeuner
Sur place, au restaurant ou au café du site, ou à Forbach : l’office de tourisme tient à jour la liste des restaurants du territoire.
Après-midi : la carrière Simon, à Schoeneck

Quatre-vingt-sept hectares d’ancienne sablière minière, où la remontée de la nappe a formé un lac au pied de fronts de taille sableux. Le paysage n’a rien de lorrain ; on le surnomme le canyon.
Quatre kilomètres et demi de pistes cyclables le traversent et relient Schoeneck à Stiring-Wendel par la coulée verte. Venez en fin de journée : la lumière rasante sur le sable est ce que le site a de meilleur. Randonner autour de Forbach : carrière Simon, Hérapel et circuit du galibot
Fin de journée : Forbach

Montez au Schlossberg. Le parc est en accès libre et la vue explique le territoire mieux que n’importe quel panneau : la ville, la vallée de la Rosselle, l’Allemagne.
La tour octogonale, construite en 1891 par l’architecte Paul Tornow sur les ruines d’une forteresse rasée en 1634, ne s’ouvre que lors de certains évènements — cent dix-huit marches jusqu’à trois cent vingt-huit mètres. Le château du Schlossberg à Forbach
Jour 2 — Les frontières
Matin : les hauteurs de Spicheren

Le 6 août 1870, vingt-huit mille Français commandés par Frossard y ont affronté la Ire armée allemande de Steinmetz, forte de soixante-dix mille hommes. Bilan de la journée : plus de huit mille victimes.
Le champ de bataille est une forêt, dans laquelle on marche, et où l’on trouve croix, stèles, cimetières militaires et monuments des deux camps — ainsi qu’une casemate de la ligne Wotan et un char américain M24, vestiges d’une autre guerre sur la même crête.
Une application mobile gratuite, « Les Hauteurs de Spicheren », guide la visite libre. Comptez deux à trois heures. 1870 : comprendre Spicheren en marchant sur le terrain
Déjeuner : passez la frontière
Sarrebruck est à une dizaine de kilomètres et à neuf minutes de train de Forbach. C’est une capitale régionale de près de deux cent mille habitants, et c’est l’une des rares occasions, en France, de déjeuner à l’étranger sans y consacrer la journée.
Après-midi : au choix
Le Hérapel, à Cocheren, si vous aimez l’histoire longue : une colline à trois cent trente mètres, sous laquelle dort une ville gallo-romaine dont les quartiers d’habitation n’ont jamais été fouillés, et où deux temples octogonaux ont été dégagés.
La chapelle Sainte-Croix, à Forbach, si vous préférez rester en ville : chapelle gothique du XIIIe siècle, seul monument classé de la commune, en 1937, ouverte toute l’année de 8 heures à la tombée de la nuit, et porte d’entrée française du chemin de Saint-Jacques.

Ou le vélo, si le temps s’y prête. Ce qui nous amène au vrai atout du territoire.
Le même week-end à vélo : le réseau Vélo Visavis
C’est l’infrastructure la plus sous-estimée du secteur.
Ce que c’est. Un réseau cyclotouristique transfrontalier de plus de 330 kilomètres, qui relie les territoires de Forbach, Sarreguemines, Freyming-Merlebach et Sarrebruck, dans le cadre de l’Eurodistrict SaarMoselle.
Comment il est tracé. Il emprunte des chemins en grande partie hors circulation automobile, le long de trois rivières : la Sarre, la Blies et la Rosselle. Le profil est majoritairement roulant, avec des montées plus exigeantes du côté de la réserve de biosphère UNESCO du Bliesgau, en Sarre.
Comment s’équiper. Des vélos à assistance électrique se louent en gare de Forbach. La carte du réseau est disponible gratuitement dans les offices de tourisme de la région ; le guide des dix plus belles excursions à la journée s’achète, pour le moment, à la boutique de l’office uniquement.
Pourquoi cela change le week-end. Sur ce territoire, le vélo n’est pas un supplément sportif : c’est le bon mode de déplacement. Les distances entre les sites sont courtes, le relief est modeste, les itinéraires sont balisés, et la frontière se franchit sans s’en rendre compte — ce qui est, précisément, le sujet de la visite.
Un exemple : la carrière Simon est reliée à Stiring-Wendel par la coulée verte, et raccordée aux pistes de la Sarre par la Metzerstrasse, à Sarrebruck. On peut donc, dans la même journée, rouler sur une ancienne sablière minière française et déjeuner dans une ville allemande.
Par où passer. L’office recommande l’itinéraire des 3 vallées, puis la jonction avec l’itinéraire du chemin des Romains, vers Nousseviller ou Théding ; sa carte des itinéraires rando-vélo indique les jonctions avec le réseau Vélo Visavis. Pour franchir la frontière, trois passages : par Petite-Rosselle (itinéraire du charbon et de l’acier), par Alsting (itinéraire des 3 vallées) ou par Stiring-Wendel (itinéraire des carrières).
Si vous avez trois jours
Le troisième jour, deux directions s’ouvrent, et elles ne racontent pas la même chose.
Vers l’ouest, le charbon et le fer. Creutzwald est à une vingtaine de kilomètres : c’est là que la mine de La Houve a cessé de produire le 23 avril 2004, mettant fin à cent cinquante ans d’exploitation du charbon en France. Plus loin, vers Thionville, l’écomusée des mines de fer de Lorraine ouvre à Neufchef huit cents mètres de galeries authentiques, et à Aumetz une mine à puits avec ses installations de surface d’origine — les visites y sont menées par d’anciens mineurs de fer. C’est là, et non à Petite-Rosselle, que l’on marche dans de vraies galeries. Descendre dans une mine de charbon en France : ce qui est encore possible
Vers l’est, la frontière et l’eau. Sarreguemines, sa faïence et la vallée de la Blies, puis la réserve de biosphère UNESCO du Bliesgau, côté allemand : un paysage de prairies, de vergers et de villages qui contraste totalement avec le bassin minier, à moins de quarante kilomètres.
Dans les deux cas, le fil reste le même : ce coin de France se lit par ce qu’on y a extrait, et par la frontière qui le traverse.
Avec des enfants
Le week-end fonctionne, à condition d’ajuster.
Le Parc Explor Wendel est le point fort : les machines d’abattage impressionnent, la reconstitution des galeries est crédible, et une chasse au trésor familiale est proposée, en supplément du billet. À partir de sept ou huit ans, l’accroche est bonne. En dessous de cinq ou six ans, la visite est longue.
Spicheren demande plus d’effort : c’est une forêt avec des monuments, et sans médiation, un enfant s’y ennuie. L’application mobile aide ; une visite guidée aide davantage.
La carrière Simon est la meilleure surprise pour les plus jeunes : c’est un paysage spectaculaire, on y roule à vélo, et le mot « canyon » fait son effet. Attention toutefois : la baignade dans le lac est interdite.
Le parc du Schlossberg est un parc de ville classique, en pente, avec des espaces de loisirs : c’est la soupape de fin de journée.
Prévoyez un vêtement chaud pour les galeries, y compris en été.
Ce que coûte le week-end
L’un des arguments réels du territoire est son prix.
Les deux visites payantes principales sont le Parc Explor Wendel — quinze euros en plein tarif, sept euros cinquante par enfant, un seul billet couvrant le musée et La Mine — et, le cas échéant, une visite guidée de l’office.
Tout le reste est gratuit : le parc du Schlossberg, les hauteurs de Spicheren, la colline du Hérapel, la chapelle Sainte-Croix, les sentiers balisés, les pistes cyclables de la carrière Simon.
Pour une famille de quatre personnes, l’addition des entrées sur deux jours tourne autour de quarante-cinq euros. C’est le tarif d’une seule entrée dans bien des sites de loisirs comparables.
Où dormir
Forbach est la base logique : c’est la ville-centre, elle a la gare, et tout est à moins de vingt minutes.
Le Parc Explor Wendel dispose d’un gîte de deux cent dix mètres carrés classé quatre étoiles, Une étape à la mine, sur le carreau minier lui-même — une adresse peu banale pour qui veut prolonger le sujet. Une aire de camping-cars y est ouverte toute l’année.

L’office de tourisme cite également les hôtels Premium et Les Coulisses, ainsi que les chambres d’hôtes Les Collines des Terres du Milieu et Jardin d’Éden ; la liste complète des hébergements figure sur son site.
Le faire sans voiture
C’est possible, et c’est même l’une des rares destinations rurales françaises où cela tient debout.
Arriver. TGV ou ICE jusqu’à Forbach depuis Paris — environ 1 h 40 — ou TER depuis Metz, en une cinquantaine de minutes.
Se loger à Forbach, à pied de la gare.
Se déplacer. Louez un vélo à assistance électrique en gare de Forbach. Petite-Rosselle est à six kilomètres, Spicheren à sept, Schoeneck à moins de dix : ce sont des distances de vingt à trente minutes à vélo, moins avec une assistance électrique.
Passer la frontière. En train, neuf minutes jusqu’à Sarrebruck, avec vingt et un trajets par jour ; les vélos y voyagent gratuitement et sans réservation. À vélo, par les itinéraires transfrontaliers.
Le seul point à vérifier avant de partir : les conditions de location des vélos en gare.
Quand venir
L’été est la saison des évènements — dont la fête médiévale du Schlossberg, le week-end du 15 août — et la meilleure pour le vélo.
L’automne est notre préférence pour tout le reste : les sous-bois dégagés rendent les monuments de Spicheren et les vestiges du Hérapel bien plus lisibles, la lumière rasante flatte les fronts de sable de la carrière Simon, et la fréquentation est nulle.
L’hiver reste faisable, parce que le site majeur — le Parc Explor Wendel — est couvert et ouvert toute l’année.
Ce qu’il ne faut pas attendre de ce week-end
Soyons clairs, cela évitera les malentendus.
Ce n’est pas une destination de carte postale. Les villages ne sont pas classés, et les paysages ne sont pas spectaculaires au sens alpin ou méditerranéen.
Ce que vous trouverez, en revanche, ne se trouve nulle part ailleurs en France à cette échelle : un carreau minier complet, un champ de bataille de 1870 intact parce que trop pentu pour être cultivé, une frontière que l’on traverse à vélo, et un paysage industriel en train de redevenir de la nature.
Pour qui aime comprendre ce qu’il regarde, c’est un week-end plus dense que bien des séjours mieux vendus. Les incontournables du Pays de Forbach
Pour aller plus loin
- Que faire en Moselle-Est ? Les incontournables du Pays de Forbach
- Descendre dans une mine de charbon en France : ce qui est encore possible
- Parc Explor Wendel : visite, tarifs et horaires
- Le château du Schlossberg à Forbach : la tour, le parc et les 118 marches
- 1870 : comprendre la bataille de Spicheren en marchant sur le terrain
- Balades autour de Forbach : la carrière Simon, le Hérapel et le circuit du galibot
- Que faire à Nancy : les incontournables et nos conseils
- Comparaison des parkings autour de la gare de Metz
- Visiter Strasbourg : que voir, où manger et où chiner
Informations pratiques vérifiées en octobre 2026 avec l’office de tourisme du Pays de Forbach. Horaires et tarifs à confirmer avant votre visite.