Le Hartmannswillerkopf (HWK), que les Français appellent le Vieil Armand, est un champ de bataille de la Première Guerre mondiale perché à 956 m au-dessus de la plaine d’Alsace, au col du Silberloch, sur la commune de Wattwiller. On y visite le Monument national, sa crypte, la nécropole du Silberloch, l’Historial franco-allemand et plusieurs kilomètres de tranchées en accès libre. L’Historial (7 €), le Monument national et sa crypte ouvrent tous les jours à la belle saison et ferment pour l’hiver le 13 novembre 2026 ; au-delà, seul le champ de bataille reste accessible, et sa visite est alors déconseillée. Depuis Cernay, le site est à 14 km par la route, fermée à la circulation de la mi-novembre à la mi-mars environ.
Une montagne disputée pendant toute la guerre
Vu de la plaine, le sommet boisé semble paisible. Son intérêt militaire tenait à sa position : le Hartmannswillerkopf est un éperon rocheux en forme de pyramide, avancé vers l’est : qui tenait le sommet dominait la plaine. En décembre 1914, les Français occupent la cote 956. Puis tout s’enchaîne : attaques allemandes en janvier 1915, reconquête française en mars, contre-attaques allemandes en avril. En 1915, le sommet change de mains quatre fois, rappelle l’office de tourisme. Le 9 septembre, les Allemands y emploient les lance-flammes. Puis vient décembre.
Le 21 décembre 1915, l’offensive française, préparée par une forte artillerie, rejette les Allemands vers le versant est. Le 22, des renforts allemands contre-attaquent et rétablissent la situation. Le 8 janvier 1916, une dernière attaque allemande sur le Hirtzenstein efface tout ce qui avait été gagné. Près de 20 000 hommes se sont battus pendant ces quelques jours sur un front large de quelques kilomètres. Deux unités en sont sorties presque anéanties : le 152e régiment d’infanterie français et le 14e bataillon de chasseurs allemand. C’est le sujet de l’exposition 2026 de l’Historial, « La Mangeuse d’Hommes. Enfer sur le Massif des Vosges en 1915 ».
Après janvier 1916, le front se fige. Les deux armées restent face à face et la montagne vit au rythme des coups de main pour faire des prisonniers jusqu’à l’armistice.
Le nom de Vieil Armand vient de là aussi. La presse française l’a popularisé pendant la guerre ; les soldats, eux, avaient simplement francisé à l’oreille ce Hartmannswiller imprononçable. Ils lui donnaient aussi un autre nom, plus cru : le mangeur d’hommes.
Un bilan humain très lourd
Le Comité du Monument national, qui gère le site, évoque la perte de 30 000 soldats français et allemands, tués, blessés et disparus. Le ministère des Armées, sur son portail Chemins de mémoire, donne lui aussi près de 30 000 pertes, dont environ 8 000 morts, Français et Allemands confondus.
Derrière ces nombres, il y a des hommes de vingt ans, des deux côtés de la ligne. C’est à eux que la montagne est dédiée.
Le Monument national, la crypte et la nécropole du Silberloch
Le Hartmannswillerkopf est l’un des quatre monuments nationaux de la Grande Guerre, avec Douaumont, Dormans et Notre-Dame-de-Lorette. C’est le seul en Alsace.
L’ensemble a été dessiné par l’architecte Robert Danis, avec le sculpteur Antoine Bourdelle, et inauguré le 9 octobre 1932 par le président Albert Lebrun. La crypte est sans doute la partie la plus saisissante. Elle réunit les trois cultes concordataires : une chapelle catholique surmontée d’une Vierge de Bourdelle, un autel protestant et un autel juif. Au centre, un ossuaire couvert d’un bouclier de bronze abrite les restes de soldats inconnus, sous la garde de deux statues ailées. Ce partage entre confessions est très alsacien.

En contrebas s’étend la nécropole nationale du Silberloch, inaugurée le 1er octobre 1922. Le ministère des Armées y recense 1 264 tombes et six ossuaires. Les croix sont presque toutes françaises. Les soldats allemands tombés sur la montagne reposent plus bas, à Cernay et dans la nécropole franco-allemande de Guebwiller. À Cernay, les deux cimetières militaires (français et alliés, allemand) complètent la visite, et notre guide pour découvrir Cernay au pied des Vosges vous aidera à organiser le reste du séjour.
Deux statuts protègent l’ensemble. Le champ de bataille est classé Monument historique depuis le 2 février 1921, avant même que le monument ne sorte de terre. Et depuis septembre 2023, la nécropole du Silberloch et le Monument national avec sa crypte figurent sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, au sein des 139 sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale (front Ouest) inscrits en France et en Belgique. Il ne s’agit plus d’une candidature : l’inscription est acquise.
L’Historial franco-allemand, à voir avant les tranchées
Il a fallu près d’un siècle pour que ce lieu raconte la guerre des deux côtés. L’Historial franco-allemand de la Grande Guerre a été pensé pour cela. Sa première pierre a été posée le 3 août 2014 par François Hollande et Joachim Gauck, cent ans jour pour jour après la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France. Il a ouvert au public le 3 août 2017 et a été inauguré le 10 novembre suivant par Emmanuel Macron et Frank-Walter Steinmeier.
La visite démarre par un court film sur l’engrenage qui a mené au conflit, puis l’exposition permanente déroule, avec des outils interactifs, les différentes facettes de la guerre et surtout la guerre de montagne, très particulière ici. Un parcours alternatif sur tablette est proposé avec une application de géologie bilingue.

Nous vous conseillons de commencer par là. Le champ de bataille, sans clés de lecture, ressemble à une forêt de pentes, de blocs et de trous. Après l’Historial, les mêmes trous deviennent des positions, des abris, des boyaux.
En 2026, l’exposition temporaire « La Mangeuse d’Hommes » (jusqu’au 13 novembre) revient sur les combats de décembre 1915 en mettant côte à côte les témoignages des soldats et officiers des deux camps. Elle dialogue avec une œuvre contemporaine monumentale d’environ 21 mètres, Pietà for WWI, sur le deuil causé par la guerre. L’Historial est accessible en fauteuil roulant ; le champ de bataille ne l’est pas.
Les tranchées du HWK : deux boucles, et une règle
Le champ de bataille se visite librement, à pied, gratuitement. Un parcours scénographié en deux boucles part du secteur de l’Historial. La première boucle, la petite visite, demande une heure à une heure trente. Les deux boucles enchaînées, la visite approfondie, prennent deux à trois heures.
On y suit tranchées, abris et bunkers jusqu’au sommet et à sa grande croix, mise en lumière pour le centenaire de l’armistice et restaurée en 2022. Plusieurs monuments jalonnent le parcours, dont la croix des Engagés volontaires du Haut-Rhin (1920) et le monument du 152e régiment d’infanterie (1921).

La règle, maintenant. Le Comité demande de ne jamais quitter les sentiers balisés et de ne pas pénétrer dans les installations souterraines. Ce n’est pas une formule de prudence administrative : ce sol a été retourné par les obus, les gaz et les lance-flammes, et c’est aussi un lieu de sépulture. On y marche comme dans un cimetière, parce qu’en partie, c’en est un.
Notre conseil : venez un dimanche entre avril et début novembre. À 14 h, une visite guidée d’environ trois heures part de l’Historial, gratuite pour les détenteurs d’un billet du jour. Avec un guide, la lecture du terrain change du tout au tout.
Pour les groupes, des visites commentées sont proposées toute la saison, en français, allemand, anglais et alsacien, sur réservation.

Horaires et tarifs 2026
La saison 2026, ouverte le 28 mars, s’achève le 13 novembre ; pendant la saison, le site ouvre tous les jours. Les horaires publiés sur le site officiel du Hartmannswillerkopf sont les suivants.
| Historial franco-allemand | Crypte du Monument national | Champ de bataille | |
|---|---|---|---|
| Lundi au samedi | 10 h – 17 h | 10 h – 12 h 30 et 13 h 30 – 17 h | accès libre, visite déconseillée en hiver |
| Dimanches et fériés | 10 h – 18 h | 10 h – 12 h 30 et 13 h 30 – 18 h | accès libre, visite déconseillée en hiver |
| Tarif | 7 € ; 6 € moins de 18 ans et étudiants ; gratuit moins de 10 ans accompagnés | gratuit | gratuit |
| Durée de visite | 45 min à 1 h | 20 min avec la nécropole | 1 h à 3 h selon la boucle |
La dernière entrée à l’Historial se fait trente minutes avant la fermeture. Le Museums-Pass-Musées, le Pass’Alsace et le Pass Patrimoine donnent l’entrée gratuite. Les groupes adultes paient 6 € par personne, les scolaires 5 €. Sur place, une terrasse propose petits snacks et boissons, et le parking est gratuit, y compris pour les camping-cars et les cars.
À partir du 13 novembre 2026, l’Historial, le Monument national et sa crypte ferment pour l’hiver, et les dates 2027 ne sont pas encore publiées. Pendant cette fermeture, seul le champ de bataille reste accessible. Sa visite est toutefois déconseillée en hiver : c’est une consigne de sécurité, à respecter. D’autant que la route qui monte de Cernay est fermée à la circulation de la mi-novembre à la mi-mars environ. Pour une visite complète, attendez la réouverture du printemps.
Venir depuis Cernay, et monter à pied
Cernay est la porte naturelle du site. La route des Crêtes, qui court sur près de 80 km jusqu’à Sainte-Marie-aux-Mines, démarre ici. Par la D431, on traverse Uffholtz puis on grimpe dans la forêt jusqu’au col du Silberloch, à 906 m, où se trouvent l’Historial et les parkings. Du centre de Cernay, il y a 14 km de route. Une route secondaire monte aussi depuis Wattwiller. Retenez surtout que la route est fermée de la mi-novembre à la mi-mars environ : la visite du Hartmannswillerkopf se prépare pour la belle saison.
La plus belle approche se fait pourtant à pied. L’office de tourisme propose une randonnée « Vers le Molkenrain et le HWK » au départ du parking du centre d’Uffholtz : 15 km, environ 610 m de dénivelé, un niveau confirmé, le balisage du Club vosgien et une journée entière à prévoir pour garder le temps de visiter. Elle traverse les bois de Wattwiller jusqu’aux chaumes du Molkenrain et du Silberloch, avant de redescendre par le champ de bataille et l’Autel de la Patrie. La trace GPX et le descriptif sont sur la fiche de cette randonnée vers le Molkenrain et le HWK, publiée par l’office de tourisme de Thann-Cernay (bureau au 2 rue de Thann, à Cernay).
En bas de cette même randonnée, à Uffholtz, ne manquez pas l’Abri-mémoire, un ancien abri sanitaire de la Grande Guerre devenu lieu d’expositions sur la mémoire, la citoyenneté et la paix. Il ouvre du mercredi au samedi, de 13 h 30 à 18 h 30, et la visite libre est gratuite.
Côté équipement, l’office recommande chaussures de randonnée, lampe de poche ou frontale et vêtements de pluie. Le Comité, lui, rappelle de garder du temps pour la remontée, en pente. Les chiens tenus en laisse sont admis sur le champ de bataille, mais ni au Monument, ni à la nécropole, ni dans les salles d’exposition.
Faire du HWK une journée complète
Le Hartmannswillerkopf ne se visite pas en coup de vent. Prévoyez au minimum une demi-journée : une heure à l’Historial, vingt minutes au Monument et à la nécropole, deux heures sur les boucles des tranchées. Le pique-nique est possible dehors, et l’Historial sert d’abri si la pluie s’invite.
Plus haut sur la route des Crêtes, le Grand Ballon (1 424 m) offre par temps clair la plaine d’Alsace, la Forêt-Noire et parfois les Alpes suisses. En redescendant vers la vallée, Thann et sa collégiale Saint-Thiébaut ne sont qu’à quelques kilomètres : notre article sur Thann, sa collégiale et son marché de Noël en détaille la visite. Enfin, le train historique Thur Doller entre Cernay et Sentheim part de Cernay même.
Un dernier mot. Le Hartmannswillerkopf est beau. Les panoramas sur la plaine sont superbes, la forêt est magnifique en automne. C’est précisément ce qui rend la visite troublante, et c’est pourquoi elle ne devrait jamais devenir une simple balade avec vue. Chaque automne, la Journée du Souvenir organisée par le Comité le rappelle ; en 2026, le samedi 31 octobre, elle s’est ouverte sur une table ronde réunissant des descendants de soldats français et allemands. La montagne appartient d’abord à ceux qui y sont restés.